AME : sortir du double discours !

20 Juin 2018
436 lectures
Notez l'article : 
0
 

Mi juin, le président de la République Emmanuel Macron a prononcé un discours au Congrès de la Mutualité Française. Il y a notamment défendu l’idée que la prévention devait être au cœur de toute politique publique sociale et de santé. Invitant son auditoire à "assumer la solidarité collective pour les plus fragiles et les plus vulnérables" et insistant "sur la nécessité de se mobiliser contre les inégalités de santé". Ces propos ont fait réagir Médecins du Monde qui a saisi la balle au bond. Dans un communiqué (13 juin), l’organisation non gouvernementale a appelé à "sortir du double discours et aller vers une assurance maladie réellement universelle". L’ONG indique qu’elle s’associe à l’idée que la "grande exclusion a besoin de soins humains, d’attention, de précaution", mais elle se démarque de certaines politiques actuellement conduites. Ainsi, Médecins du Monde explique que "ces exigences imposent aujourd’hui de mettre fin à un discours menaçant à l’encontre de l’accès aux soins des étrangers en situation de précarité". Et Médecins du Monde de critiquer les propos tenus par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et le ministre de l’Action et des comptes publics Gérald Darmanin, le 5 juin, au cours d’une rencontre interministérielle, qui suggéraient de mettre fin à l’Aide médicale de l’état (AME). Pour l’organisation, ces propos viennent "en contradiction totale avec la position du président de la République". "Dans ces conditions comment comprendre la remise en cause récente de l’Aide médicale de l’état de la part à la fois du ministre des Comptes publics et de l’intérieur. Ces positions viennent directement converger avec celles de responsables de la droite et de l’extrême droite", dénonce d’ailleurs le docteur Philippe de Botton, nouveau président de Médecins du Monde. "Pour renforcer la prévention, il nous faut consolider la protection maladie et son universalité, afin de rendre possible le traitement précoce des pathologies et améliorer l’état de santé global de toutes les personnes présentes sur le territoire français. Il nous faut aller vers une simplification de l’accès à la couverture maladie pour tous", détaille l’organisation. "Une réforme s’impose, celle de ré-intégrer les bénéficiaires de l’AME dans le régime général de la sécurité sociale pour aller vers une véritable couverture maladie universelle", avance Philippe de Botton. "Il n’est plus supportable de voir une question de santé publique instrumentalisée politiquement. Cette réforme doit être proposée et votée dès le prochain Projet de loi de finances pour la Sécurité sociale", conclut-il. Plusieurs organisations non gouvernementales défendent cette idée qu’intégrer l’AME dans le régime général de sécurité sociale permettrait de renforcer réellement la prévention santé des personnes étrangères en situation de précarité en simplifiant leur accès à la protection maladie. Une telle mesure favoriserait également des prises en charge en amont moins coûteuses que des hospitalisations en urgence, mais on ne semble pas prendre ce cap. Lors de l’examen du projet de loi "Asile Immigration" en commission au Sénat, il a ainsi été proposé de remplacer l’aide médicale d’état par une "aide médicale d’urgence".