Arte ausculte l’OMS lors d’une soirée spéciale

2 Avril 2017
2 143 lectures
Notez l'article : 
5
 

A l'occasion de la Journée mondiale de la santé (7 avril), Arte consacre une soirée spéciale à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) mardi 4 avril à partir de 2h50. Arte ausculte l’OMS, suspectée de servir des intérêts privés alors que les risques de pandémies majeures augmentent, à travers un documentaire inédit : "L’OMS : dans les griffes des lobbyistes ?", documentaire dans lequel s’exprime Corinne Lepage, l’ancienne ministre de l’Environnement. Lorsque la journaliste d’Arte, Sylvie Dauvillier, demande à l’avocate écologiste si l’indépendance de l’OMS est menacée, Corinne Lepage répond : "Aujourd’hui, l’OMS est majoritairement financée par des fonds privés, et on peut raisonnablement se demander, avec ce documentaire, si ses décisions ne sont pas influen­cées. Mais ce questionnement va au-delà. Par exemple, une convention a été signée en 1957 entre l’OMS et l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), deux organisations publiques. Il en résulte que la première, bâillonnée, ne peut ni agir ni informer, dans le domaine nucléaire, sans l’accord préalable de la seconde. D’où peut-être cette incapacité à obtenir des chiffres convenables concernant les accidents nucléaires. Ainsi, trente ans après Tchernobyl, nous ne disposons tou­jours d’aucune étude homologuée par l’OMS sur les consé­quences sanitaires de la catastrophe". Sous-financée, de plus en plus dépendante de donateurs privés dont Bill Gates, l’OMS peut-elle encore assurer ses missions au service de la santé publique ? le documentaire proposé par Arte est une solide investigation sur les conflits d’intérêts qui entravent son efficacité. Pandémies, grippes virulentes ou maladies consécutives à un accident nucléaire : l’OMS doit intervenir sur tous les fronts de la planète pour prévenir et guérir. Mais cette institution de l’Onu, créée en 1948, dispose-t-elle encore des moyens suffisants pour assurer ses missions, au-delà de ses succès incontestables, en matière de vaccination notamment. Financée, dans les années 1970, à 80 % par les contributions de ses Etats membres et à 20 % par des donateurs privés, elle voit aujourd’hui cette proportion s’inverser, alors que le tout-puissant Bill Gates, participe de plus en plus au financement de l’OMS par le biais de sa fondation. Aujourd’hui, l’indépendance de l’organisation est compromise tout à la fois par l’influence des lobbies industriels – dont celle des laboratoires pharmaceutiques – et par les intérêts de ses Etats membres, explique la chaîne. L’institution de Genève, qui avait sous-estimé la menace Ebola (plus de dix mille morts), est de surcroît accusée de gabegie et de négligence vis-à-vis des maladies tropicales, au profit de marchés plus juteux. Entre analyse d’experts — dont celle de l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage, celle de son porte-parole Gregory Hartl — détracteurs, défenseurs et reportages sur le terrain, cette enquête livre une édifiante radiographie de l’OMS. Sans sombrer dans le réquisitoire, les auteurs dressent le portrait d’une structure fragilisée, soumise à de multiples conflits d’intérêts. Cette investigation montre combien les intérêts privés dominent désormais les enjeux de santé publique. A voir évidemment.