Cannabis : les Républicains contre la contravention

31 Août 2016
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C’est comme du ping-pong. Il suffit que des experts ou des politiques évoquent, même du bout des lèvres, la dépénalisation de l’usage de cannabis pour qu’aussitôt les Républicains dégainent en rafale des communiqués de presse. Dernier échange en date, celui suscité par le groupe de travail de la Midelca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) qui a travaillé sur le cannabis. Dans leur rapport, les membres du groupe de travail (des représentants des ministères de la Justice, de l’Intérieur, des Finances et de la Santé) en sont arrivés à la conclusion qu’il fallait faire évoluer la loi de 1970 qui réprime la consommation du cannabis. Ils préconisent que cette évolution passe par une suppression de la peine d’un an de prison pour simple usage de drogue et la mise en place d’une contravention de 5e classe. Le rapport ne distingue pas le cannabis des autres stupéfiants. "Le Monde" qui a, le premier, sorti cette info rappelle que sur une année, la police peut procéder jusqu’à 170 000 interpellations pour usage de stupéfiants et que seules 1 426 condamnations pour emprisonnement ferme soient prononcées ; ce qui fait dire à la présidente de la Midelca, Danièle Jourdain-Menninger : "Aujourd’hui, les peines d’emprisonnement sont prononcées, mais ne sont pratiquement pas appliquées donc elles sont inefficaces". Du côté du ministère de la Justice, on indique, selon "Europe 1", que "le gouvernement est disposé, ouvert à tout débat pour améliorer la réponse pénale, mais on ne promet pas de loi avant la fin du quinquennat". Cela n’a pas empêché les Républicains de publier deux communiqués de presse (11 et 12 août). Le 11 août, Bruno Beschizza, secrétaire national en charge de la Sécurité, dit son "étonnement" que le gouvernement, dans ses déclarations "n'écarte pas le débat" au sujet du cannabis et de sa dépénalisation. "Les Français sont fatigués de ces double-discours gouvernementaux", croit-il savoir. Pour lui : "Contraventionnaliser la consommation de cannabis serait un dangereux signal envoyé par le Gouvernement à l'égard des voyous. Le cannabis est un produit dangereux qui provoque des ravages sociaux et familiaux. L'interdit doit demeurer car il en va de l'avenir de nos enfants". "Pour les Républicains, la consommation de cannabis doit demeurer un interdit et rester un délit", explique-t-il. Le lendemain, c’est le député-maire du 15e arrondissement de Paris Philippe Goujon qui dégaine. Celui qui est aussi secrétaire national en charge de la Sécurité dénonce dans son communiqué : "L'irresponsabilité d'un tel affaiblissement de la sanction, étape ultime avant la légalisation, qui sera aussitôt interprété par les jeunes, leurs familles et tous ceux qui essaient de sortir de la drogue comme un message permissif désastreux". "Au moment où le gouvernement fait de la lutte contre le tabac une de ses priorités avec la loi Santé et qu'un joint d'herbe contient 50 à 70 % d'agents cancérigènes de plus qu'une cigarette, comment justifier une telle mesure ? Le risque est grand de surcroît d'un transfert vers d'autres drogues encore plus nocives (cocaïne, héroïne), comme c'est le plus souvent le cas dans les pays qui ont légalisé", avance celui qui est aussi un grand pourfendeur des salles de consommation supervisée. Et de conclure : "Le seul but à poursuivre pour l'Etat n'est pas de moins sanctionner la consommation de drogue, mais d'empêcher d'y entrer et d'aider à en sortir".