Comparaison entre TDF et TAF

28 Février 2018
7 002 lectures
Notez l'article : 
0
 

Utilisé depuis longtemps, le ténofovir disoproxil (TDF) a montré son efficacité en combinaison avec de multiples molécules. C’est, rappelle le docteur Cédric Arvieux dans son article sur le site InfoVIH (9 février 2018), l’inhibiteur nucléotidique/sidique de la transcriptase inverse (INTI) le plus prescrit dans le monde aujourd’hui. Le TDF est d’ailleurs la première option dans les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Il est associé le plus souvent à l’emtricitabine (ou à la lamivudine, molécule moins onéreuse) et à un troisième agent qui est soit un inhibiteur non-nucléosidique de la transcriptase (INNTI), soit une anti-protéase (IP), soit une anti-intégrase (II). On sait que le TDF a un impact sur les os et la fonction des reins, ce qui interroge sur sa tolérance sur le très long terme. Des génériques de TDF sont arrivés en France et, en parallèle, une nouvelle version du ténofovir : le TAF (ténofovir alafénamide) qui exposerait moins aux problèmes osseux et rénaux, mais qui est vendue plus cher. Comme l’explique le docteur Arvieux, un essai a été conduit chez des personnes ayant une charge virale contrôlée avec un traitement comportant un comprimé unique de rilpivirine/emtricitabine/ ténofovir disoproxil avant l’inclusion. L’étude a été réalisée dans environ 116 centres dans onze pays (Amérique du Nord et Europe). Les personnes participantes avaient une charge virale inférieure à 50 copies/mL depuis plus de six mois et la clairance de la créatinine était inférieure à 50 mL/min. Les personnes ont été réparties en deux groupes d’environ 316 personnes. Un groupe a continué le traitement précédemment pris (rilpivirine/emtricitabine/ ténofovir disoproxil ou TDF). Le second a pris la même association, mais le TDF a été remplacé par le TAF. Deux personnes du groupe "poursuite du même traitement" n’ont jamais pris le traitement attribué à la randomisation", précise l’article. Par ailleurs, 18 arrêts ont été dénombrés dans chacun des deux groupes, pour des raisons diverses (effets indésirables, décès, grossesse, retrait de consentement, etc.). Les deux groupes sont comparables en termes de CD4, créatinine et de protéinurie à l’inclusion dans l’essai. A 48 semaines, la non-infériorité de la forme TAF est établie sur les critères de charge virale maintenue inférieure à 50 copies/mL ; soit 296 (94 %) des 316 personnes du groupe prenant la combinaison avec le TAF et 294 (94 %) des 313 personnes du groupe prenant la combinaison avec le TDF. En revanche, il y a des différences en matière d tolérance. On a constaté plus d’intolérances sur le plan biologique dans le groupe prenant le TAF. La densité minérale osseuse s’améliore (augmentation supérieure à 3 % à 24 semaines et 48 semaines) plus fréquemment chez les personnes sous TAF que sous TDF. On note une petite amélioration des paramètres rénaux pour les personnes sous TAF, indique l’article d’InfoVIH. Le LDL-C (cholestérol) augmente significativement plus chez les personnes sous TAF et 4 % des personnes du groupe prenant le TAF contre 1 % du groupe prenant la version TDF débutent un traitement par statine pendant l’étude. Le rapport cholestérol total/HDL reste inchangé dans les deux groupes. Comme le résume le docteur Arvieux : "On note donc à court terme un effet antiviral non différent entre les deux traitements, un gain mesurable en terme de densité minérale osseuse mais dont on ignore les conséquences cliniques, un gain au niveau de la clairance de la créatinine, mais cliniquement peu significatif sur le court terme (4 ml/min de clearance). Il est également important de noter la quasi-absence de femmes (13 % dans le groupe prenant le TAF et 8 % dans le groupe prenant le TDF) dans cette étude. A coût identique l’avantage irait au TAF, mais nous n’avons pas les éléments  de coût-efficacité comparé à un générique de ténofovir…

Source : Switching from tenofovir disoproxil fumarate to tenofovir alafenamide coformulated with rilpivirine and emtricitabine in virally suppressed adults with HIV-1 infection: a randomised, double-blind, multicentre, phase 3b, non-inferiority study. 9 février 2018 Orkin C, et al.