Covid-19 et cancers

17 Juin 2023
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« Aucune étude n’a encore cherché à savoir si une infection sévère par le Sars-CoV-2 représentait un marqueur d’un cancer non diagnostiqué », expliquent Epi-Phare (groupement d'intérêt scientifique constitué par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé – ANSM - et la Caisse nationale d’assurance-maladie - Cnam), l’Institut de santé globale de Genève et l’université de Genève, dans un article publié sur le site d’Epi-Phare. Une étude a donc été conduite pour répondre à cette question. Cette étude en population à partir des données du Système national des données de santé (SNDS), a identifié entre le 15/02/2020 et le 31/08/2021, 41 302 personnes hospitalisées en unité de soins intensifs en raison du Sars-CoV-2 (dit groupe ICU) et 713 670 personnes témoins non hospitalisées pour le Sars-CoV-2 (groupe Contrôle). Les personnes ont été appariées selon l’année de naissance, le sexe et le département français de résidence ; de façon à ce que les deux groupes puissent être comparés, sans biais. « L’incidence de cancer a été comparée dans les deux groupes au cours de la période de suivi (date index : 12/31/2021), à l’aide de modèles de risques proportionnels de Cox ajustés sur les variables d’appariement, les caractéristiques socio-économiques et les comorbidités », détaillent les équipes de recherche. Le modèle de Cox est la méthode la plus utilisée dans le cadre de l'analyse des données de survie. Elle est très utilisée dans le domaine médical (temps de survie ou de guérison d'un patient). Le principe du modèle de Cox est de relier la date d'arrivée d'un évènement à des variables explicatives. Par exemple, dans le domaine médical, on cherche à évaluer l'impact d'un prétraitement sur le temps de guérison d'un patient. Dans le groupe ICU, 2,2 % (897 personnes) ont reçu un diagnostic de cancer dans les mois suivants, contre 1,5 % (10 944 personnes) dans le groupe Contrôle. Le risque de recevoir un diagnostic de cancer après la sortie de l’hôpital était 1,31 fois plus élevé dans le groupe ICU que dans le groupe Contrôle (…). Une tendance globale similaire a été observée lorsque le risque compétitif de décès a été pris en compte (…). Un risque significativement plus élevé a été constaté pour les cancers rénaux, hématologiques, du côlon et du poumon ». Ces résultats suggèrent qu’une infection sévère par le Sars-CoV-2 peut représenter un marqueur d’un cancer non diagnostiqué, concluent les chercheurs-ses. Pour compléter ce travail, l’équipe franco-suisse va prolonger le suivi de ces patients-es pour étudier l’évolution de la relation observée, indique le Quotidien du Médecin (31 mai). « D’autres recherches sont également à mener pour mieux préciser les localisations de cancer concernées et pour mettre en relation le trio immunodépression, Covid et maladies liées à l’immunodépression, dont les cancers », indique le Pr Zureik, un des auteurs de l’étude, cité par le quotidien médical.