Covid-19 : LGBTI, victimes économiques

29 Avril 2022
476 lectures
Notez l'article : 
0
 

On n’en finit plus avec les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19. L’Onusida s’est récemment (20 avril) intéressée à l’impact économique de cette crise sanitaire sur les personnes LGBTI. Une enquête menée en 2020 auprès de plus de 20 000 membres de la communauté LGBTI dans 138 pays a montré que cet impact était « considérable » : beaucoup avaient perdu leur emploi. De plus, les personnes LGBTI ont été victimes d’une augmentation de la discrimination, des crimes de haine et des arrestations. Dans plusieurs pays, la criminalisation, combinée à la stigmatisation et à la discrimination, a nettement entravé la capacité des personnes LGBTI  à chercher un soutien économique et sanitaire essentiel. Dans d’autres pays (Brésil, Ghana, Inde, Madagascar, Ouganda, etc.), le Fonds de solidarité de l’Onusida a permis d’aider des organisations LGBTI à renforcer leurs capacités économiques pour limiter l’impact social de la crise sanitaire sur les communautés LGBTI, notamment par le financement de divers projets d’entrepreneuriat social. Dans un communiqué, l’Onusida cite l’exemple de l’Ouganda. Le pays a accueilli plus de 1,5 million de personnes réfugiées. Dans le pays, les relations sexuelles entre personnes du même sexe sont illégales et le statut de réfugié-e s’accompagne de nombreux obstacles, notamment l’exclusion sociale. À cela s’ajoute le fait que la pandémie de Covid-19 a détruit les moyens de subsistance de nombreuses personnes réfugiées dans le pays qui appartiennent à des populations clés. Grâce à une subvention du Fonds de solidarité, la Simma Africa Creative Arts Foundation a créé le Rainbow Drip Craft Shop Project. Ce magasin commercialise des articles d’art et d’artisanat fabriqués par des personnes LGBTI, des adolescentes et de jeunes femmes issues de camps et de communautés d’accueil de réfugiés-es. « La boutique est devenue un espace sans danger et un moyen pour la communauté d’exprimer sa créativité et de canaliser ses compétences et ses talents pour établir des moyens de subsistance autonomes », a expliqué Natasha Simma de Simma Africa. En collaboration avec les communautés ougandaises LGBTI et celles de travailleurs-ses du sexe, la Vinacef Uganda a ouvert un salon communautaire offrant divers soins de beauté. Environ 80 membres de la communauté ont été mis en lien avec des services sociaux et formés à la gestion financière et d’une entreprise sociale. « Le projet d’entrepreneuriat social a renforcé l’implication et les capacités des communautés LGBTI et des travailleurs et travailleuses du sexe tout en leur permettant d’acquérir et d’utiliser de nouvelles compétences pour dégager un revenu durable », a expliqué Benard Ssembatya, directeur exécutif du Vinacef Uganda. À terme, il s’agit de créer des ressources pour les personnes concernées, mais aussi de constituer un réseau — en l’occurrence de salons — pour améliorer l’accès à l’information sur le VIH, les droits sexuels et reproductifs, la tuberculose, les cancers et les maladies non transmissibles à destination des membres de la communauté. « Nous devons prendre conscience que pendant que le reste du monde se remet de l’impact économique de la pandémie de Covid-19, les communautés marginalisées en ressentiront les effets encore longtemps. Par conséquent, il est de la plus haute importance de continuer à soutenir les entreprises sociales innovantes dirigées par les communautés, pensées pour préserver leurs moyens de subsistance et surmonter des obstacles spécifiques », a souligné le directeur de l’innovation de l’Onusida, Pradeep Kakkattil. La restauration de l’autonomie et de la dignité des communautés LGBTI doit être fondée sur des initiatives menées par ces dernières, en mettant l’accent sur la lutte contre les inégalités. Et de conclure : « Il est crucial de reconnaître et d’accepter la diversité dans l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans tous les domaines afin de rendre la communauté visible, de la protéger de la stigmatisation, de la discrimination et de la violence, et de l’impliquer dans la riposte aux pandémies ».