Covid-19 : modalités d'administration des traitements

7 Avril 2020
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La prise en charge médicamenteuse spécifique doit, selon le Haut conseil de la santé publique (HCSP), être réservée aux cas graves. C’est-à-dire quand une oxygénation est requise, indique le Quotidien du Médecin. En cas de pneumonie diagnostiquée sur des signes cliniques d’infection respiratoire basse, suspectée ou documentée à Sars-CoV-2 (le virus de l’épidémie à Covid-19) mais sans signes de gravité, le HCSP estime qu'il n'y a pas d’indication à un traitement à effet antiviral attendu. Pour être précis, l'utilisation d'un traitement antiviral se discute en cas d'hospitalisation avec une saturation en oxygène inférieure à 95 %, en présence d'au moins un autre signe médical. L’association lopinavir/ritonavir (Kaletra), identifiée comme médicament candidat potentiel à évaluer en essai clinique par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), peut être discutée, au cas par cas, de manière collégiale. À défaut, l'hydroxychloroquine selon le même niveau de collégialité peut également être envisagée. Dans les cas les plus graves, (pneumonie avec insuffisance respiratoire aiguë ou avec défaillance d’organes), le remdesivir est proposé en l’absence de défaillance multiviscérale. Il s'agit de la « seule option thérapeutique formalisée bien que sans niveau de preuve », indique le Haut conseil. En présence d’une défaillance d’organe (hors défaillance respiratoire), l'association lopinavir/ritonavir ou l'hydroxychloroquine sont possibles « mais en tenant compte du fait que les modalités d’administration ne sont pas adaptées d’emblée », précisent les auteurs-es, cités par le quotidien médical. Il n'y a pas non plus d'indication de traitement antiviral en cas d'infection par le virus Sars-CoV-2 avec aggravation secondaire et absence d’excrétion virale. « Si l’indication d’un traitement a été retenue de façon collégiale », il doit être « initié le plus rapidement possible dans le but d’éviter le passage à une forme grave nécessitant un transfert en réanimation, et que le patient soit inclus dans la mesure du possible dans la cohorte French Covid-19 ». Le HCSP incite les praticiens à inclure tous les patients atteints de Covid-19 dans les essais cliniques, en privilégiant les essais académiques. Concernant le remdesivir, développé initialement pour le traitement de la maladie Ebola, le HCSP rappelle que le suivi des personnes doit « notamment comprendre une surveillance clinique étroite de la fonction rénale et de la fonction hépatique ». Concernant Kaletra (lopinavir/ritonavir), le HCSP prend acte des récents résultats peu concluants. Le Haut conseil attire « l'attention sur les risques d'interaction médicamenteuse, en particulier, en cas d’utilisation en réanimation avec les médicaments sédatifs. Le HCSP a aussi traité de l'étude clinique de Didier Raoult sur l'hydroxychloroquine chloroquine. Il estime que les résultats actuels (d'autres vont venir très vite) ne permettent pas de conclure à l'efficacité clinique de l'hydroxychloroquine ou de l'association hydroxychloroquine + azithromycine, un antibiotique. « Le HCSP insiste sur le fait qu'il n’existe actuellement pas de données permettant d’envisager l’utilisation hors protocole de l’hydroxychloroquine en prophylaxie du Covid-19. Il préconise une analyse urgente des 30 à 50 premiers patients traités par hydroxychloroquine ou lopinavir/ritonavir dans la cohorte French Covid-19 », indique le Quotidien du Médecin.

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Depuis des jours, une théorie circule sur le net pour utiliser les Africains comme des "cobayes". La réalité est différente, mais les sentences du chef de l'hôpital parisien Cochin, Jean-Paul Mira, sont vraies: "Un peu comme dans certaines études sur le sida, ou chez les prostituées car on sait qu'elles sont très exposées". OMS: "Déclarations racistes"

par notre correspondant ANAIS GINORI

PARIS - La France accusée de vouloir tester un vaccin contre le coronavirus en Afrique. Depuis des jours, une théorie du complot circule sur le net concernant un prétendu plan d'utilisation des Africains comme "cobayes" d'un essai clinique. La réalité est très différente, mais les déclarations sérieuses et offensantes de certains médecins français sont vraies, notamment le chef de l'unité de soins intensifs de l'hôpital parisien Cochin, Jean-Paul Mira .

Parlant d'essais déjà menés en Australie ou à lancer en Europe sur la façon dont le vaccin contre la tuberculose peut provoquer une plus grande résistance contre le coronavirus, Mira a déclaré lors d'une émission télévisée le 1er avril: "Si je peux être provocateur, nous ne devrions pas faire cette étude en Afrique, où il n'y a pas de masques, pas de traitements, pas de réanimation, un peu comme dans certaines études sur le sida, ou chez les prostituées parce qu'on sait qu'elles sont très exposées? ". L'autre invitée du studio, Camille Locht , directrice de recherche à l' Inserm , a répondu: "D'accord, nous pensons en parallèle à une étude en Afrique avec le même type d'approche".

 L'expérimentation ne concerne donc pas un nouveau vaccin encore à l'étude mais celui déjà existant contre la tuberculose - le soi-disant Bcg - pour vérifier s'il peut aider à protéger contre Covid-19 ou atténuer ses effets. C'est encore une hypothèse théorique qui est discutée dans la communauté scientifique. L ' Australie a déjà lancé un test à cet égard à 4000, y compris les médecins, les infirmières et les travailleurs de la santé. Et aussi en Europe, cette manière est étudiée.

Il reste que les paroles de Mira et Locht, qui se sont entre-temps excusées, ont alimenté les thèses du complot en Afrique. L'OMS est obligée de réagir. "Ce sont des déclarations racistes. Il est honteux et horrible d'entendre des scientifiques faire ces observations au 21e siècle. Nous les condamnons avec la plus grande fermeté", a déclaré le chef de l'OMS.Tedros Adhanom Ghebreyesus , ancien ministre éthiopien, dénonçant "l'héritage d'une mentalité coloniale". "Ces discours racistes vont à l'encontre de l'esprit de solidarité. L'Afrique ne peut et ne sera un terrain d'essai pour aucun vaccin", a souligné le responsable de l'OMS.
Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré que les propos des deux scientifiques "ne reflètent pas la position des autorités françaises". L'Inserm a plutôt publié une déclaration pour souligner que "l'Afrique ne doit pas être oubliée ou exclue de la recherche pour lutter contre la pandémie".
 

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