Covid long : pistes et mystère

17 Octobre 2022
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Fatigue chronique, essoufflement, « brouillard cérébral »... Plusieurs mois après leur infection par la Covid-19, des millions de personnes souffrent d'un « Covid long ». Un phénomène que la recherche n'a pas encore pu précisément expliquer ; mais des hypothèses existent. D'après l'Institute for Health Metrics and Evaluation (États-Unis), 145 millions de personnes dans le monde ont souffert d'un Covid long en 2020 et 2021. « Au moins 17 millions d'Européens », selon une récente estimation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cela représenterait entre 10 et 20 % des personnes ayant été infectées par le virus, indique l’AFP. Fatigue, toux, essoufflement, fièvre intermittente, perte du goût ou de l'odorat, difficultés de concentration, dépression... le Covid long se manifeste par un ou plusieurs symptômes parmi une longue liste, généralement dans les trois mois après l'infection et persistant au moins deux mois. Le syndrome touche deux fois plus les femmes que les hommes, notent les chercheurs-ses.  « Il n'y a pas de symptômes vraiment spécifiques au « Covid long », mais ils ont quand même certaines caractéristiques. Ainsi, ils sont fluctuants avec une fatigue qui reste en toile de fond. Ils semblent s'exacerber après un effort intellectuel ou physique et se raréfient au cours du temps », résume Olivier Robineau, infectiologue au centre hospitalier de Tourcoing et coordinateur sur le « Covid long » à l’ANRS ǀ MIE, au secteur « Réservoirs viraux ». De nombreuses équipes scientifiques planchent à travers le monde pour comprendre les causes de ces symptômes. En France, par exemple, l'hôpital de l'Hôtel-Dieu (AP-HP), l'Université de Paris et l'Inserm ont lancé, fin 2020, une étude sur le « Covid long » au sein de la cohorte « ComPaRe ». « 2 500 patients sont suivis très régulièrement, ce qui devrait nous permettre de comprendre les variations des manifestations de la maladie au cours du temps », explique le Dr Viet-Thi Tran, co-investigateur de la cohorte. Reste que la variabilité des symptômes et leur caractère non spécifique rendent la recherche difficile. Jusqu'à présent, plusieurs hypothèses sont étudiées par les scientifiques. L'une d'elles est la persistance du virus dans l'organisme chez certaines personnes. Ainsi, début septembre, une étude publiée dans la revue Clinical infectious diseases concluait à la présence de la protéine Spike [la clé permettant au Sars-Cov 2 de pénétrer dans les cellules, ndlr] chez des personnes atteintes de Covid long. Ceci suggère une réplication virale ou la persistance de reliquats viraux longtemps après l'infection initiale, souligne l’AFP  Un virus vivant ou des reliquats de virus pourraient entretenir une activité inflammatoire, peut-être à l'origine des symptômes.  Ces résultats ne sont toutefois pas retrouvés par d'autres équipes.  D'autres pistes existent. Le virus aurait bien disparu après l'infection, mais l'inflammation initiale, une fois enclenchée, aurait provoqué un dérèglement du système immunitaire. L'hypothèse dite des « dommages tissulaires » évoque, elle, le rôle de l'épisode infectieux initial dans l'apparition de lésions durables au niveau de certains organes. « Pour chacune de ces hypothèses, les données ne sont pas encore très solides », affirme Olivier Robineau. Le chercheur fait le pari que l’on ne va pas « trouver une cause unique pour expliquer le Covid long ». « Les causes peuvent ne pas être exclusives, elles pourraient s'associer, voire se succéder chez un même individu et être différentes chez des individus différents », explique-t-il.  Il est difficile aujourd’hui de trouver une solution pour ces personnes atteintes d’un « Covid long ». À l'Hôtel-Dieu (AP-HP) à Paris, un protocole dit « CASPER » propose, depuis un an, un parcours de soin aux patients-es pendant une demi-journée. « Ils-elles rencontrent un-e infectiologue ou un-e interniste, un-e psychiatre puis un-e médecin spécialiste en rééducation sportive », explique la Pre Brigitte Ranque, spécialiste en médecine interne, à l'origine de ce parcours de soin dédié. « On rappelle les patients-es trois mois après : la majorité d'entre eux-elles va mieux, plus de la moitié se disent guéris-es », détaille la Pre Ranque. Reste que 15 % des personnes ne voient pas, malgré ce circuit, d’amélioration de leur situation.