Crachat et VIH : la violence des maux

22 Janvier 2020
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À la suite de la diffusion d’une vidéo amateur, dans laquelle un policier interpelle et frappe violemment un manifestant, le porte-parole du syndicat de policiers Alliance affirmait, pour la défense de l’officier mis en cause, que la personne interpellée aurait craché du sang au visage du policier en disant : « J’ai le sida, tu vas crever ». Depuis, la victime réfute vivre avec le VIH et avoir menacé les policiers de « contamination » en leur crachant dessus. L’affaire a enflé dans certains médias, qui ont repris à leur compte les explications du syndicaliste de la police, sans pour autant dégonfler le sensationnalisme autour du « danger » d’un crachat d’une personne séropositive au VIH. Face à cela, de nombreux-ses militants-es de la lutte contre le sida et des associations de personnes vivant avec sont intervenus pour remettre les faits à leur place, peu importe la position sur les responsabilités en cours durant l’arrestation. « La rapidité de traitement de l’actualité implique régulièrement des approximations ou pire, de laisser la place à de fausses croyances. C’est particulièrement vrai concernant le VIH/sida. Or, laissez véhiculer de fausses idées, c’est nourrir la sérophobie qui fait le jeu de l’épidémie », explique AIDES dans son communiqué publié en urgence, le 20 janvier. Sur Twitter, le président d’Act Up-Paris, Marc-Antoine Bartoli, s’émeut et indique que « l'agression ou « l'attaque au sida n'existe pas ». Il y a quelques semaines Act up New-York a eu à faire à un cas similaire. Il est important de rappeler que les personnes dépistées séropositives ont accès à un traitement qui rend leur charge virale indétectable et ne peuvent pas transmette le VIH. Premier fait. Le second, c’est qu’avant toute chose, « les modes de contamination sont les sécrétions sexuelles, le lait maternel, le sang. La salive ne transmet pas le VIH. De plus, le VIH a une très faible résistance à l’air libre. Après cinq à dix secondes à l’air libre, une goutte de sang ne contient plus de virus », rappelle AIDES. Ces simples indications auraient permis de dégonfler d’emblée une ligne de défense sérophobe, continuant de jouer sur les peurs irrationnelles. « Il est de la responsabilité de toutes et tous de rappeler dès que nécessaires ces informations. Sans cela, les stigmatisations et fausses croyances ne pourront pas cesser », continue AIDES. Et les médias ont leur rôle d’information à jouer. C’est ce que réclame Fred Colby, activiste gay, ouvertement séropositif et engagé à AIDES : « Les personnes vivant avec le VIH ne sont pas des virus ambulants. Il faut que les médias réfléchissent avant de publier ce genre de choses ou nuancent en parlant du traitement et de la charge virale indétectable ». Sans ce préalable, cette affaire du crachat risque de revenir dans l'actualité, sans qu’aucune leçon ne soit tirée de la précédente. Au détriment, encore, des personnes séropositives.

Commentaires

Portrait de jl06

A placarder dans  les espaces publics ,les admisnistrations ,etc ..

.un retour en arriere sans doute vite fait ...

Portrait de fil

Manifestant frappé à Paris : non, le sida ne se transmet pas par la saliveAlors que le porte-parole du syndicat de police Alliance a affirmé que le manifestant violemment interpellé à Paris avait craché au visage du policier en affirmant qu’il avait le sida, il est temps de faire le point sur certaines fausses croyances liées au virus. Il ne se transmet pas par la salive.

La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux depuis le samedi 18 janvier. Un jeune manifestant, âgé de 20 ans, a été violemment interpellé et frappé au sol par un policier, à Paris, en marge de la mobilisation des gilets jaunes. Dès le lendemain, le porte-parole du syndicat de police Alliance s’est exprimé au micro de Franceinfo. Il a expliqué le geste du policier en racontant que le manifestant avait “craché du sang au visage, à deux reprises” du fonctionnaire de police tout en lui criant “J’ai le sida, tu vas crever !”. En argumentant de cette manière, le syndicaliste a relayé des fausses croyances sur le VIH, qui sont encore trop ancrées dans les esprits aujourd’hui.

Aucun cas de transmission par la salive recensé

Rappelons-le, le virus du sida ne peut pas se transmettre par la salive. “Il y a une trop faible quantité de virus dans la salive, même chez les personnes infectées et non-traitées, précise Asier Saez-Cirion, directeur de recherche à l’institut Pasteur et président du comité scientifique de Sidaction. La probabilité de transmission est extrêmement faible. Aucun cas de transmission n’a été établi dans ce cas de figure, et d’après les recherches, il semble même qu’il y ait dans la salive un facteur qui inhibe le VIH.”

Dans le sang, le virus ne résiste pas à l’air libre…

De plus, le porte-parole du syndicat de police a expliqué que le manifestant avait craché du sang.  Oui, le sang est bien l’un des modes de contamination du virus du sida. Tout comme les sécrétions sexuelles et le lait maternel. Cependant, “le VIH a une très faible résistance à l’air libre”, affirme l’association Aides dans un communiqué publié après la polémique suscitée par les propos du syndicaliste. “Après cinq à dix secondes à l’air libre, une goutte de sang ne contient plus de virus”.

… Mais la transmission est possible dans certains cas

En réalité, les transmissions du sida par le sang se font uniquement dans le cas d’échanges sanguins, par exemple lors d’un échange de seringues avec une personne contaminée et non-traitée. Également dans le cas d’une blessure, mais il faut avoir une plaie suffisamment ouverte, qui nécessite des points de suture et avec une grande quantité de sang frais contaminé. Les griffures ou les petites plaies superficielles ne suffisent pas à transmettre le virus.

De fausses idées sur les porteurs du virus

Enfin, il faut savoir que les personnes séropositives sous traitements antirétroviraux ne transmet pas le virus . “Dans nos pays riches, où les traitements antirétroviraux sont gratuits, les personnes séropositives qui prennent leur traitement et dont la charge virale et indétectable depuis plus de six mois ne peuvent plus transmettre le virus”, décrit Sida Info Service. En d’autres mots, la personne vit avec le virus, mais elle dispose de la même espérance de vie qu’une personne séronégative. Aujourd’hui, le plus gros risque de transmettre le virus est lorsque la personne ignorequ’elle en est porteuse. D’où l’importance du dépistage et de l’utilisation du préservatif.

https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/31320-Manifestant-frappe-Paris-non-sida-transmet-salive