Crack à Paris : coup de force

7 Octobre 2022
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Coup de force. Le campement de Forceval, dans le nord-est de Paris, où se rassemblaient des personnes consommatrices de crack depuis un an, a été démantelé (5 octobre) par la police, avec l'objectif affiché d'empêcher sa reconstitution ailleurs dans la capitale, explique l’AFP. Cette procédure a été engagée par la préfecture de police de Paris à la demande de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur. Depuis plus de deux ans, des personnes consommatrices de crack ont été déplacées à plusieurs reprises au gré des protestations d’élus-es et d’associations de riverains-es. De la Place Stalingrad, elles avaient été dirigées près du périphérique, square Forceval (XIXe arrondissement). L'opération s'est déroulée à l'abri des regards des journalistes. Les personnes consommatrices de crack présentes ont été évacuées par bus sans qu’on sache où. Les personnes en situation irrégulière devaient être placées dans des centres de rétention administrative avant d’être expulsées ; celles qui sont recherchées par la police devant être interpellées. « Les autres occupants seront orientés vers des dispositifs d'hébergement avec accompagnement médico-social ou dans des unités de soins », a affirmé la Place Beauvau. Tout a été préparé en amont par l'Agence régionale de santé, la préfecture de région, la Préfecture de police de Paris en lien avec les Hôpitaux de Paris (AP-HP), selon le ministère de l'Intérieur. Le ministère de l’Intérieur a souligné que cette opération était « inédite puisque le phénomène du crack touche le nord-est parisien depuis plusieurs dizaines d’années ». Du côté des associations de riverains-es et de commerçants-es, on affiche une forme de « soulagement ». Du côté des associations de santé, on doute de l’efficacité de la mesure. « Selon nous, les conditions ne sont pas réunies pour qu'il n'y ait plus de scènes ouvertes », a ainsi averti, Marie Debrus, référente des risques liés aux usages des drogues chez Médecins du Monde, présente lors de l’opération. « Il y a une dispersion des usagers et dans quelques mois, on les verra dans les halls d'immeuble », a-t-elle poursuivi, dénonçant une « crise humanitaire orchestrée par les pouvoirs publics ».  Cette opération a fait réagir des associations impliquées dans la réponse sanitaire au crack à Paris. « La fin de la scène ouverte de consommation de crack de la Porte de la Villette était souhaitée tant par les riverains, les professionnels que de nombreux consommateurs. Mais le problème de la consommation de drogue en pleine rue ne se règlera pas par une simple opération policière comme les évacuations successives à la Chapelle, à Stalingrad, au jardin d’Éole l’ont prouvé », rappelle un collectif d’associations (Fédération Addiction, Addictions France, Gaïa Paris, Groupe SOS, Oppelia Charonne, Proses, SAFE). « Les réponses sont aussi sociales et sanitaires : les associations ont proposé un plan d’actions aux pouvoirs publics… dont ils ne se sont toujours pas saisis. Doit-on encore attendre l’installation d’une nouvelle scène ouverte ? », interrogent, amères, les associations. Les associations, réunies au sein du Collectif sur le crack en Île-de-France, pointent que le « choix de la préfecture de police de mener une opération policière, sans réelle concertation avec les associations intervenant sur le site et avec une prise en charge sociale et sanitaire minimale voire nulle, laisse craindre que cette évacuation ne soit qu’un épisode supplémentaire de la saga du crack à Paris ». Dans son communiqué, le collectif rappelle qu’il a proposé un plan d’actions assorti de « propositions concrètes » comme le fait de « développer l’offre d’hébergement et de logement » au moyen de places d’accueil d’urgences à Paris et en Île-de-France, d’un accueil intermédiaire, d’un hébergement de plus long terme ; de proposer des lieux de repos ; de créer de nouveaux espaces de consommation sécurisée (au moins quatre haltes soins addictions supplémentaires à taille humaine dans un délai de trois ans) ; de pouvoir mettre à distance la scène et les consommations ; de faciliter l’accès aux soins et créer des lieux d’accueil transitoire pour faciliter les parcours de soins en limitant les délais d’attente, y compris en centres résidentiels, pour les consommateurs en demande de sevrage, etc. « Les scènes ouvertes de consommation de drogues ne sont pas une fatalité, les solutions que nous proposons sont mises en œuvre dans plusieurs pays et ont prouvé leur efficacité. Il est temps pour les pouvoirs publics, et notamment l’État, de prendre leurs responsabilités : nous appelons à un plan social et sanitaire sur plusieurs années », a conclu Marie Öngün-Rombaldi, déléguée générale de la Fédération Addiction.