Crise des opiacés : procès pour J&J

30 Avril 2021
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Les ennuis judiciaires n’en finissent pas. Un procès s’est ouvert, le 19 avril, en Californie contre quatre laboratoires pharmaceutiques américains, dont Johnson & Johnson, accusés de marketing trompeur qui aurait contribué à la crise des opiacés aux États-Unis. Cette crise est à l’origine d’une explosion des surdoses dans le pays. Les experts-es estiment que cette crise sanitaire occasionne plus de 50 000 décès chaque année depuis 2015. « Depuis l’an 2000, le nombre de décès par overdose aux États-Unis a plus que quadruplé. Le taux de décès par overdose est aujourd’hui supérieur à 21 pour 100 000 habitants, alors qu’il se situait entre 2,5 et 4 dans les années 1980. Sur les 72 000 overdoses mortelles de 2017, 30 545 sont attribuées au fentanyl et aux autres opioïdes de synthèse, 15 000 à l’héroïne, 14 000 aux autres opioïdes, 14 000 à la cocaïne, 11 400 à la méthamphétamine (« meth ») et 3 200 à la méthadone », rappelait la sociologue Gwenola Ricordeau dans un article de Swaps N°92-93. Trois comtés californiens - dont celui de Los Angeles - et la ville d’Oakland ont porté plainte contre ces entreprises pharmaceutiques pour leur promotion d’anti-douleurs aux opiacés et pour avoir minimisé les risques de dépendance à ces médicaments. La première plainte date de 2014, mais le procès contre Johnson & Johnson, Teva, Endo et Allergan s’est ouvert le 19 avril dernier en visioconférence. Janssen, la filiale pharmaceutique de Johnson & Johnson conteste les faits. « Nos actions liées à la commercialisation et à la promotion de ces importants analgésiques sur ordonnance étaient appropriées et responsables », estime le groupe, précisant avoir « travaillé avec les régulateurs pour fournir des informations appropriées sur leurs risques et avantages », indique un communiqué, cité par l’AFP. « Les accusés ont fait passer leurs profits avant les vies humaines et ont trompé le public sur les véritables dangers liés aux opiacés », avait mis en avant James Williams, avocat du comté de Santa Clara, en mars dernier. Les plaignants-es, qui représentent 15 millions de personnes, soit 40 % de la population de l’État américain le plus peuplé, réclament des mesures pour empêcher de telles pratiques à l’avenir, et des dommages et intérêts pour aider les institutions de santé à lutter contre cette crise qui a fait environ 500 000 morts aux États-Unis depuis 1999. Ce procès tombe particulièrement mal pour Johnson & Johnson, déjà condamné à payer 465 millions de dollars d’amende par un juge de l’Oklahoma en 2019, pour financer, un an durant, des programmes de cet État destinés à remédier au problème. Plus de 2.000 plaintes en lien avec la crise des opiacés ont été déposées devant des tribunaux américains. Elles reprochent notamment aux laboratoires pharmaceutiques d’avoir persuadé les médecins et les patients-es que ces médicaments pouvaient être utilisés pour soulager des douleurs chroniques, alors qu’ils auraient dû être limités aux douleurs vives et temporaires et aux soins palliatifs. « Pendant que l’utilisation des opiacés coûtait très cher à la Californie et à ses habitants-es, les accusés ont réalisé des profits à profusion. Rien qu’en 2014, les opiacés ont généré 11 milliards de dollars de revenus aux laboratoires comme eux », soulignent les avocats dans la plainte des collectivités californiennes.