Décloisonner le dépistage du VIH

24 Avril 2023
867 lectures
Notez l'article : 
0
 

Regroupement d’organismes de lutte contre le sida, la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (Cocq-sida, membre de Coalition PLUS) s’est lancée dans une campagne afin que le Québec emboîte le pas à l’Ontario et à la France, en autorisant les intervenants-es communautaires à dépister le VIH à l’aide de tests rapides, explique la Presse canadienne (12 avril). L’ONG a d’ailleurs interpellé le gouvernement Legault à ce propos afin que cet acte ne soit plus réservé seulement aux professionnels-les de santé, comme c’est actuellement le cas. Avec cette demande, la Cocq-sida entend développer le dépistage communautaire, ce qui pourrait « contribuer à atteindre l’une des cibles [de l’Onusida, ndlr] pour éradiquer l’épidémie de VIH d’ici 2030 ; en l’occurrence que 95 % de personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut. Comme le note le journal, La pandémie de Covid-19 a ralenti les efforts de dépistage du VIH au Québec. Le nombre de tests effectués est passé de 413 197 à 337 158, entre 2019 et 2020, soit une baisse de 18,4 %, rappelle la Coalition. Le dépistage a certes augmenté en 2021, mais n’est pas revenu pour autant à son niveau d’avant la Covdi-19. « Toutes les ressources infirmières qui étaient auparavant engagées dans les actions de dépistage à proximité, en tandem avec les intervenants communautaires, ont été retirées de cette action et mises sur la Covid », explique Ken Monteith, directeur général de la Cocq-sida, dans les colonnes de la Presse canadienne. « On peut comprendre ça, mais on ne peut pas annuler réellement le dépistage du VIH », dit-il.  Selon lui, les intervenants-es communautaires auraient pu représenter un plan de rechange durant la crise sanitaire s’ils-elles avaient été habilités à utiliser des kits de dépistage rapide (TDR).  « Nous savons qu’il y a des intervenants communautaires qui sont formés et accrédités pour réaliser ces tests rapides. On a des partenaires en Ontario, en France, au Maroc et en Équateur qui le font », a d’ailleurs expliqué Ken Monteith. Ce modèle qui fonctionne ailleurs aurait toute sa place au Québec. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) n’en disconvient pas. L’organisme s’est penché sur l’approche communautaire.  L’INSPQ considère que l’ajout des intervenants-es communautaires aux professionnels-les de la santé « pourrait optimiser le dépistage du VIH au Québec, (…) en particulier auprès des communautés vulnérables n’ayant pas facilement accès à des services de dépistage dans les milieux cliniques ». Il souligne d’ailleurs que « les expériences françaises et américaines sont positives ». Au cabinet du ministre de la Santé, on dit être « très sensible aux demandes» de la Cocq-sida, explique la Presse canadienne.  « Nous avons tous le même objectif, améliorer l’accès à des soins de qualité pour tous les Québécois et nous sommes prêts à évaluer les différentes solutions pour y arriver. Nous avons demandé au ministère et à la Santé publique de nous revenir avec différentes propositions », a indiqué un porte-parole du ministre de la Santé Christian Dubé, cité dans La Presse. De son côté, Ottawa a annoncé (été 2022) un financement de 8 millions de dollars, permettant à différents organismes de distribuer des autotests de dépistage du VIH. Vers la fin mars, au moins 54 335 trousses d’autodépistage avaient été remises au milieu communautaire au pays, dont plus de 4 000 au Québec, selon Santé Canada. Les ONG et les agences sanitaires espèrent que le « déploiement de ces trousses aidera à rejoindre une partie des 10 % de Canadiens vivant avec le VIH qui ne connaissaient pas leur statut », selon les estimations à la fin de 2020 de l’Agence de santé publique du Canada. Et Ken Monteith de conclure » : «  On sait que quand une personne connaît son statut, est reliée aux soins et est sous traitement antirétroviral, elle ne transmet plus le VIH (…). Donc, au lieu d’avoir un bassin de personnes qui ignorent leur statut et qui peuvent transmettre le VIH, on veut le plus possible que les personnes connaissent leur statut et puissent avoir accès aux soins nécessaires, pour leur santé, mais aussi pour la santé publique ».
à l’avortement aux États-Unis depuis un demi-siècle. Ces débats vont évidemment continuer de surcroît dans le contexte de l’élection présidentielle de  2024.