Des outils numériques contre le Covid-19

5 Avril 2020
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Un peu partout dans le monde, des recherches sont menées sur des outils numériques qui permettraient de lutter efficacement contre la circulation du Covid-19. Des recherches sont ainsi conduites en Europe sur une application de suivi des personnes contaminées, rappelle l'agence Reuters. Un groupe de scientifiques et d’experts européens en technologie a annoncé mercredi 2 avril le lancement d’un programme visant à développer en commun une application de suivi des personnes contaminées par le nouveau coronavirus tout en respectant leur vie privée. Ce groupe composé de 130 chercheurs-ses de huit pays, dont la France, entend lancer d’ici le 7 avril une plate-forme baptisée Pepp-PT (Pan-european privacy preserving Proximity Tracing), indique Reuters. Cette plate-forme permettra de concevoir des applications ayant recours au « contact tracing ». Cette méthode consiste à retracer l’historique d’une personne malade du Covid-19 et à identifier tous les contacts qu'elle a pu avoir dans un pays et ailleurs. « Notre objectif est de fournir une colonne vertébrale aux composants numériques de base dans la lutte mondiale contre le Covid-19 », a déclaré Hans-Christian Boos, membre d’un conseil consultatif sur le numérique pour le gouvernement allemand et fondateur d’Arago, une entreprise d’automatisation, cité par Reuters. La possibilité de suivre plus efficacement des personnes susceptibles d’être contaminées pourrait permettre de lever les mesures de confinement qui affectent grandement l’économie alors que la pandémie a fait à ce stade plus de 851 000 contaminations dans le monde. « La plate-forme Pepp-PT ouverte à d’autres intègre un outil de traçage numérique anonyme de proximité qui préserve la confidentialité, qui est totalement conforme au RGPD (règlement européen sur la protection des données) et qui peut également être utilisé lorsque qu’on se déplace entre différents pays », a indiqué Hans-Christian Boos. Le RGPD, entré en vigueur en 2018 dans l’Union européenne, fixe des règles très strictes sur le traitement des données personnelles, ce qui rend difficile, par exemple, l’utilisation des données de géolocalisation pour lutter contre le Covid-19. Pour contourner le problème, la plate-forme Pepp-PT utilisera la technologie Bluetooth des téléphones mobiles dans un cadre anonyme et sur la base du volontariat, ce qui permettra de respecter le RGPD et d’éviter un usage intrusif des données de localisation. Elle stockera via un cryptage renforcé l’historique des connexions entre les appareils dans le smartphone et non sur serveur central pendant une durée de deux semaines, indique Reuters. Seules les autorités sanitaires locales, considérées comme des tiers « de confiance », seront autorisées à télécharger les données permettant d’informer les personnes susceptibles de contracter la maladie et leur recommander de se placer en isolement. Cette approche est similaire à celle utilisée par l’application TraceTogether, lancée à Singapour, qui consiste à utiliser la connexion Bluetooth des smartphones pour prévenir une personne qui se rapproche d’un patient testé positif. La plate-forme Pepp-PT intègrera cependant les codes des différents pays européens, permettant ainsi de suivre un porteur du Covid-19 au-delà de son pays d’origine, a précisé Thomas Wiegand, directeur de l’Institut Fraunhofer Heinrich Hertz (HHI) de Berlin. Des projets sont à l'étude dans d'autres pays. La Grande-Bretagne est en passe de lancer son propre programme de « contact tracing ». Celui-ci serait mis en oeuvre juste avant ou après la levée des mesures de confinement. La Russie a décidé, en mars dernierr, de développer un système permettant, via la géolocalisation des téléphones portables, de retracer les déplacements de personnes ayant été en contact avec des personnes infectées. D’autres pays comme Israël ont également choisi de collecter des données de géolocalisation dans ce cadre. Concernant la France, le Premier ministre, Edouard Philippe, a ouvert la voie (2 avril) à un traçage « volontaire » en France, via les téléphones portables, pour mieux lutter contre l'épidémie de coronavirus, indique Reuters. Ce procédé, utilisé dans certains pays comme Singapour, est actuellement interdit en France pour des questions de protection des libertés individuelles. « Ces dispositifs en France n’existent pas parce qu’ils ne seraient pas légalement permis », a clairement indiqué Édouard Philippe, auditionné par des députés-es dans le cadre de la mission d’information parlementaire sur l'infection à Covid-19. « On pourrait peut-être, (...) sur le fondement d’un engagement volontaire, utiliser ces méthodes pour mieux tracer la circulation du virus et les contacts réalisés par (...) chacun mais nous n’avons pas d’instrument légal », a ajouté le chef du gouvernement. « Un tracking volontaire, c’est une question qui est à ce stade encore ouverte », a-t-il ajouté. Des réflexions ont également cours en Allemagne. Viscéralement attachée à la protection des données personnelles, l'Allemagne pourrait franchir le pas de l'utilisation des téléphones portables et du bluetooth pour endiguer la pandémie de nouveau coronavirus, indique l'AFP (2 avril). Même Angela Merkel - qui fait souvent référence à sa jeunesse dans une Allemagne de l'Est communiste sous surveillance -, a déclaré le 2 avril que si cela s'avérait être un moyen efficace pour suivre la propagation du virus elle serait « bien sûr prête à l'utiliser pour » elle-même. Le gouvernement allemand préparerait pour la fin avril un début de déconfinement. Mais, prévient le ministre de la Santé, Jens Spahn, « pour que cela soit possible, nous devons être en mesure d'identifier et de joindre très rapidement toutes les personnes en contact avec une personne infectée », d'où l'option d'un outil numérique. Le gouvernement devrait proposer un dispositif « dans les prochains jours », qui fonctionnerait sur la base du volontariat. Il s'agit d'une application qui stockerait pendant une quinzaine de jours, sans géolocalisation et en garantissant la protection des données, les interactions via bluetooth, qui transforme le téléphone en émetteur et récepteur de signaux. Ainsi, si une personne est infectée, l'application enverra un « push » à tous ceux et celles qu'elle aura croisés dans les deux semaines précédentes, pour les avertir d'un éventuel risque de contamination. Seuls ceux et celles qui auraient téléchargé l'application recevraient l'avertissement qu'ils-elles ont pu être infectés-es par un malade dont l'anonymat sera préservé. Ce dispositif s'inspire d'un outil numérique utilisé à Singapour, où l'épidémie de Covid-19 a été contenue malgré la densité de population dans cette ville-État. Il est développé par l'Institut allemand Fraunhofer Heinrich-Hertz (HHI) pour les télécommunications, qui travaille à ce projet avec l'Institut Robert-Koch, chargé de la veille épidémiologique. « Le Fraunhofer HHI travaille sur une application qui permettra de stocker de manière anonyme la proximité et la durée des contacts entre personnes sur des téléphones portables au cours des deux dernières semaines », a confirmé à l'AFP une porte-parole de la société. Cette utilisation de données personnelles, telle qu'elle est envisagée, a reçu le feu vert du Commissariat fédéral à la protection des données, sous certaines conditions. « La collecte et l'évaluation de données personnalisées dans le but de briser les chaînes d'infection ne peuvent avoir lieu qu'avec le consentement des citoyens », a déclaré à l'AFP le commissaire Ulrich Kelber. « Ces données devront n'être conservées que pendant une période limitée et clairement définie, et uniquement dans le but de lutter contre la pandémie. Après cela, elles devront être supprimées », exige-t-il. L'idée d'utiliser les données téléphoniques semble faire son chemin dans l'opinion publique. Un Allemand sur deux (50 %) y est favorable, contre 38 % qui la jugent inappropriée, selon un sondage Yougov. Une application enregistrant les relations sociales d’un utilisateur pour avertir les personnes à risque serait installée par huit Français sur dix, selon des chercheurs britanniques qui ont conçu ce type d’applications, indique (2 avril) Le Monde. De fait, il semble que les Français-es soient favorables à une application mobile pour combattre la pandémie. C'est ce qu'indique un sondage publié mardi 31 mars, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français-es possédant un téléphone mobile les 26 et 27 mars. Cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui travaille justement sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie, précise le quotidien. Ces chercheurs-ses ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 et ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ».