Diabète et VIH chez les migrants-es

15 Septembre 2023
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Une étude récente a exploré comment les migrants-es d'Afrique subsaharienne qui vivent en France avec, à la fois, le VIH et le diabète de type 2, géraient les deux affections. L'étude a découvert que les participants-es géraient le plus souvent les deux affections de manière similaire, en utilisant plus fréquemment une stratégie « basée sur les émotions », comme la spiritualité pour gérer le stress lié à ces affections, plutôt que des stratégies « axées sur la résolution de problèmes », telles que des changements de mode de vie et de régime alimentaire. L’étude publiée le 2 juin 2023 sur le site médical Plos One est résumée sur le site aidsmap. En 2021, 48 % de toutes les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) en France étaient nées en Afrique subsaharienne. Les personnes migrantes sont plus susceptibles de rencontrer des complications de santé, notamment un diagnostic tardif, en raison de la marginalisation sociale et économique ainsi que des difficultés liées au processus d'immigration. La Dre Soline de Monteynard et ses collègues ont interrogé les personnes se rendant à l'hôpital universitaire Avicenne de Bobigny (Île-de-France). Cet hôpital est situé en banlieue de Paris, dans le département de la Seine-Saint-Denis, où près de 30 % de la population est d'origine immigrée et qui présente le taux de pauvreté le plus élevé de la France métropolitaine. Les chercheurs-ses ont utilisé les dossiers de santé électroniques pour identifier les participants-es éligibles de plus de 18 ans, nés-es en Afrique subsaharienne, ayant reçu un diagnostic de diabète de type 2 après leur diagnostic du VIH, recevant une thérapie à l'insuline ou des médicaments antidiabétiques, et parlant couramment le français. Au total, douze participants-es ont été invités-es à participer aux entretiens, qui ont eu lieu sur une période de trois mois à la fin de 2019 et début 2020. L'âge moyen des participants-es était de 54 ans, avec une fourchette allant de 40 à 72 ans. Le pays de naissance comprenait trois participants-es originaires de la République démocratique du Congo, du Mali et du Cameroun, ainsi qu'un-e participant-e originaire du Congo-Brazzaville, un-e de la Côte d'Ivoire et un-e du Sénégal. L'année d'arrivée en France variait de 1980 à 2007. Certains-es participants-es ont établi une distinction claire entre le VIH et le diabète. Pour eux-elles, il n'y avait aucune comparaison avec le VIH en raison de la honte associée : « Même si c'est plus grave que le VIH, ce n'est pas pareil. Parce que le VIH est considéré comme une maladie de la honte. Si vous dites à quelqu'un qu'il est diabétique, ça ne le dérange pas, mais si je vous dis que j'ai le VIH, ils me regardent différemment, ça change. Ce n'est pas la même chose », a déclaré un-e des participant-e. D'autres considéraient le diabète comme la maladie la plus grave en raison des conséquences imprévisibles et incontrôlables : « Le diabète est la maladie la plus grave. Pourquoi ? Parce que le VIH peut être contrôlé, et je suis convaincu qu'il y aura un vaccin pour cela dans quelques années, curatif ou préventif. Mais le diabète, une fois qu'il est là, c'est définitif ». Les chercheurs-es ont discuté de la différence entre les ressources « émotionnelles » et les ressources « d'analyse des problèmes ». Les stratégies émotionnelles sont des efforts visant à gérer les émotions ou le stress liés aux problèmes de santé, tels que la spiritualité ou une attitude du type : « Je peux gérer cela ». Elles étaient plus couramment utilisées. Les ressources d'analyse des problèmes se concentrent sur les aspects quotidiens de la vie et de la gestion d'une maladie, tels que la prise de médicaments et les changements dans le mode de vie et le régime alimentaire. Elles étaient moins fréquemment utilisées par les participants-es. Les médicaments étaient vus favorablement par les participants-es ; cependant, les techniques de gestion en dehors de la prise de médicaments n'étaient pas aussi couramment utilisées et étaient plus susceptibles d'être perçues comme des restrictions ou des règles. Enfin, comme le diabète ne peut pas être géré seulement par le traitement, il était souvent plus difficile à contrôler que le VIH.