Discriminations entre particuliers-ères

30 Avril 2023
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Mauvaise surprise. Une étude inédite s’est intéressée aux discriminations entre particuliers-ères sur les plateformes en ligne. Ce sont les services de la Défenseure des droits (DDD) qui sont à l’origine de cette commande, dont l’objectif était de « mesurer l’exposition aux discriminations en raison du genre et de l’origine supposée des utilisateurs ». L’étude, confiée à des chercheurs-ses du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP), met en lumière des discriminations entre particuliers-ères utilisateurs-rices de deux grandes plateformes françaises : BlaBlaCar et Leboncoin. Dans un communiqué, la DDD explique que cette « recherche constitue une étape importante dans l’étude des discriminations entre usagers des plateformes numériques en France ». Premier aspect novateur : elle s’intéresse à la fois aux discriminations produites côté offre (ici les vendeurs-ses et conducteurs-rices) et à celles produites côté demande (ici les acheteurs-ses et passagers-ères). Elle repose aussi sur une méthodologie originale en combinant pour la première fois deux approches complémentaires : l’observation par la récolte automatique des données réalisée sur les plateformes (scraping) et l’expérimentation à partir de profils fictifs (testing). Sur BlablaCar, premier site de co-voiturage, l’étude observe que les « conducteurs-rices d’origine minoritaire (dans l’étude, conducteurs-rices ayant un prénom à consonance maghrébine ou africaine) accueillent moins de passagers-ères dans leur véhicule et touchent un revenu plus faible de 15 % en moyenne par voyage, par rapport aux autres conducteurs-rices pour des trajets équivalents ». Dans le testing, les profils fictifs de passagers-ères d’origine minoritaire ont une probabilité plus faible (d’environ quatre points de pourcentage) de recevoir une réponse lorsqu’ils-elles font une demande d’information auprès d’un-e conducteur-rice. Une différence selon le genre est également constatée : les profils de conductrices ont une probabilité plus élevée de recevoir des messages (+ 0,6 messages) et des réservations (+ 0,7 réservations) que les conducteurs. Sur Leboncoin, explique la DDD, l’étude observe une plus faible sollicitation et un temps de réalisation de transaction plus long pour des vendeurs-ses d’origine minoritaire, même si de fortes disparités ont été relevées selon les biens proposés. Et la DDD d’expliquer : « Dans le cadre du testing, les profils d’acheteurs d’origine minoritaire ont une probabilité plus faible de recevoir une réponse de la part des vendeurs-ses réels-les que les acheteurs-ses majoritaires (- 17 %), quelle que soit la catégorie de biens ». Cette étude, qui « montre que les discriminations ne disparaissent pas dans le monde numérique », a été présentée aux équipes de BlablaCar et Leboncoin. Celles-ci souhaitent aujourd’hui poursuivre les recherches, collaborer avec notre institution et renforcer la prévention des discriminations, indiquent les services de la DDD. La Défenseure des droits rappelle à l’ensemble des acteurs-rices de l’économie collaborative, entre autres, la nécessité de « sensibiliser davantage les utilisateurs des plateformes pour rappeler l’interdiction des discriminations qui peuvent s’y déployer : charte d’engagement à l’inscription, messages de sensibilisation, etc. » ; de « rappeler et améliorer les voies de signalement des sites en cas de discrimination, et la possibilité de consulter la plateforme antidiscriminations.fr de la DDD.