Don du sang : nouvelles règles pour les HSH

12 Août 2019
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Le 17 juillet dernier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, annonçait un assouplissement important des critères d’inclusion dans le don du sang des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, passant de douze à quatre mois d’abstinence. Dans un communiqué, l’Association française des hémophiles (AFH) et AIDES indiquent avoir pris acte de cette décision. Les deux associations y rappellent « que le don du sang n’est pas un droit et qu’il n’a pas à répondre à une demande sociale des donneurs mais aux besoins des receveurs ». « C’est cette logique et elle seule qui doit être préservée pour garantir la sécurité du système transfusionnel » indiquent-elles. Parmi l’éventail des mesures, l’exclusion de certains candidats au don du sang vise à réduire le plus possible les risques de contamination. « Ces critères d’exclusion ne constituent pas des motifs de discrimination dès lors qu’ils reposent sur des données scientifiques et une certaine proportionnalité. Le modèle reposant sur l’ajournement selon des critères, qui ne concernent pas que les pratiques sexuelles, a permis d’éviter toute contamination à VIH via un don du sang depuis 17 ans », indique le communiqué. « Ces critères d’ajournement doivent être continuellement évalués scientifiquement et ajustés selon les innovations techniques et l’évolution des taux de prévalence du VIH dans certaines populations. À ce titre, en 2017 en France, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) étaient toujours jusqu’à 200 fois plus exposés au VIH que les hétérosexuels et représentaient toujours 41 % des nouveaux diagnostics (2 600 HSH), détaille le communiqué des deux associations. L’État a opté pour une évolution ayant fait l’objet d’une étude d’impact par Santé publique France et d’une concertation, et présentant un risque résiduel théorique de transmission du VIH équivalent à la situation actuelle, explique le communiqué. « Néanmoins, les critères d’ajournement ne sont pertinents que s’ils ne sont pas contournés. Actuellement, des critères jugés injustes ou intrusifs n’empêchent pas déjà une part importante de dons qui auraient été ajournés même si les critères étaient alignés entre HSH et hétérosexuels. La charge incombe à l’État de garantir la bonne acceptabilité des critères d’ajournement. La responsabilisation individuelle des HSH en matière de don du sang doit donc s’accompagner d’une prise de conscience communautaire en matière de santé sexuelle et d’exposition aux risques : il faut pour cela d’abord des moyens dédiés à l’action communautaire et à l’information (campagne de sensibilisation, documents spécifiques disponibles sur les lieux de don de sang, orientation des HSH ajournés vers une offre en santé sexuelle si besoin, etc.) », expliquent les deux associations. Elles préconisent, par ailleurs, que soit engagée « une réflexion plus large sur l’organisation de la filière ». « Pour cela, il est nécessaire de renforcer les moyens alloués à la filière du sang en France, et de travailler sur la formation des professionnels-les et plus largement, sur l'amélioration des questionnaires, la conduite des entretiens et la manière dont les donneurs ajournés sont accompagnés ».  Aurélien Beaucamp, président de AIDES, inscrit cette évolution dans la durée : « dès l’entrée en vigueur de la réforme, l’État doit engager une évaluation précise de son impact et maintenir la possibilité d’un alignement total des critères entre HSH et hétérosexuels dès lors que de nouvelles données le permettront. » De son côté, le président de l’AFH, Nicolas Giraud, rappelle les enjeux : « Pour la communauté des personnes vivant avec une maladie hémorragique rare, la sécurité du receveur primera toujours. Le sur-risque, même minime, n’est pas acceptable. Le prix à payer des errances en matière de sécurité transfusionnelle nous le connaissons : des centaines de personnes contaminées dans les années quatre-vingt et une communauté décimée. »