Drogues : les Philippines dans le viseur

26 Juin 2021
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La procureure de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé lundi 14 juin avoir demandé l'ouverture d'une enquête sur des milliers de meurtres qui auraient été commis aux Philippines dans le cadre de la guerre déclarée à la drogue par le gouvernement du président philippin Rodrigo Duterte. Ces « crimes » pourraient constituer de possibles « crimes contre l'humanité ». Cette décision a été saluée par les organisations de défense des droits humains, Amnesty international la qualifiant de « moment d'espoir » pour les familles des victimes. La procureure Fatou Bensouda, dont le mandat prend fin, demande aux juges d'autoriser une enquête sur les allégations selon lesquelles « des fonctionnaires de la police nationale philippine, et d'autres personnes agissant de concert avec eux, auraient illégalement tué plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers de civils », selon un communiqué. Ces violences faisaient l'objet d'un examen préliminaire (étape précédent une enquête) depuis le 8 février 2018, ce qui avait poussé le président philippin Rodrigo Duterte à se retirer de la Cour pénale internationale en 2019.  « Aujourd'hui, j'annonce la conclusion de l'examen préliminaire de la situation en République des Philippines, au terme duquel j'ai demandé aux juges de la Cour l'autorisation d'ouvrir une enquête » a déclaré Fatou Bensouda. « Il existe une base raisonnable permettant de croire que le crime contre l'humanité de meurtre a été commis sur le territoire des Philippines entre le 1er juillet 2016 et le 16 mars 2019 », a-t-elle ajouté. La responsabilité de l'enquête, si elle est autorisée, incombera au Britannique Karim Khan, qui succédera à Fatou Bensouda en tant que procureur général de la CPI. « Cette annonce est un moment d'espoir pour des milliers de familles aux Philippines qui pleurent ceux qui ont été perdus dans la soi-disant guerre contre la drogue du gouvernement », a salué dans un communiqué Agnès Callamard, directrice d'Amnesty International. Rodrigo Duterte avait été élu en 2016 après une campagne sécuritaire outrancière, promettant d'éradiquer le trafic de drogue en faisant « abattre » des dizaines de milliers de délinquants-es. Les derniers chiffres officiels font état de plus de 6 000 morts et plus de 200 000 opérations anti-drogues au sein de l'archipel asiatique, mais les défenseurs-ses des droits humains estiment que le nombre réel de personnes tuées est bien plus élevé. En juin 2020, un rapport du bureau Droits humains des Nations unies avait dénoncé le fait que depuis 2016, la police a été encouragée, au plus au haut niveau, à tuer les trafiquants-es de drogue présumés-es. Des milliers d'entre-eux-elles ont été abattus-es par des policiers ou des tireurs masqués, selon le rapport qui précisait que de nombreux suspects avaient été inscrits sur des « listes de surveillance de la drogue » par des responsables locaux. Leurs domiciles étaient perquisitionnés par la police, ce qui se terminait souvent par une fusillade mortelle, que les agents justifiaient en tant que légitime défense. La procureure générale a précisé que son Bureau ne prenait « pas position sur les politiques et initiatives internes menées par les gouvernements » contre les drogues et agissait en « parfaite conformité » avec son mandat relatif aux crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Le président philippin a affirmé, à plusieurs reprises, que la CPI n'avait aucune autorité, et qu'il ne coopérerait pas à ce qu'il a qualifié d'enquête « illégale ». Malgré le retrait des Philippines de la CPI, qui a pris effet le 17 mars 2019, la Cour continue d'exercer sa compétence sur les crimes qui auraient été commis sur le territoire des Philippines pendant la période au cours de laquelle ce pays était partie au Statut de Rome, a indiqué la procureure.