Écrire pour (sur)vivre

4 Janvier 2022
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Le magazine américain Poz consacre sa Une du mois de décembre et le portrait du mois à Donja R. Love, un dramaturge, poète et réalisateur américain, noir, gay et séropositif. Originaire de Philadelphie, il est l’auteur de la pièce autobiographique One In Two qui a fait sensation en 2020. Le titre de la pièce fait référence à la statistique qu’un homme noir gay ou bisexuel sur deux va contracter le VIH dans le cours de sa vie aux États-Unis. En 2020, Donja R. Love a lancé un atelier d’écriture nommé Write It Out! (WIO!) destiné aux personnes vivant avec le VIH. Et en 2021, avec le soutien de l’acteur Billy Porter (Pose), il a lancé le prix de la meilleure création issue de cet atelier. L’auteur a révélé publiquement sa séropositivité en 2016 sur ses pages Twitter et Facebook : « J’avais besoin de m’en libérer et pour moi c’est passé par cette déclaration sur mes réseaux sociaux ». En décembre 2018, Donja R. Love souffre d’une profonde dépression : « Je savais que c’était liée à ma séropositivité même si j’en avais parlé ouvertement depuis deux ans. Je passais mon temps au lit mais je n’avais pas envie de rester dans cet état ». Il décide d’écrire pour survivre : « J’ai attrapé mon téléphone et j’ai écrit toute la pièce. Je me suis dit que personne ne la verrait. J’en disais trop. J’écrivais sur ma dépression, sur mon alcoolisme et sur mes pensées suicidaires ». Quelques semaines plus tard, le déclic se fait lorsqu’une de ses connaissances lui demande de rencontrer un ami récemment diagnostiqué séropositif pour le rassurer : « Après qu’on se soit quittés, je me suis dit « fais cette pièce Donja. Elle ne parle pas que de toi ». Un an plus tard la pièce était montée, jouée et acclamée par le public et les critiques. Le fait que les hommes noirs gays ou bisexuels soient surexposés au VIH aux États-Unis n’est pas nouveau mais peu abordé dans l’art et la culture. « Cela veut dire que la société dans son ensemble ne s’intéresse pas à ce sujet » déplore Donja R. Love. Et d’ajouter « mon plus grand espoir est qu’un jour les théâtres ne joueront plus cette pièce car elle ne sera plus d’actualité ».