Etats-Unis : greffe de moelle, les limites de la méthode

12 Décembre 2013
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Des signes d’une activité virale sont réapparus chez deux Américains qui semblaient pourtant avoir éliminé le virus à la suite d'une transplantation de moelle osseuse effectuée pour combattre leur cancer, ont indiqué des médecins (6 décembre). Selon l’AFP, les deux personnes vivant avec le VIH avaient reçu une greffe de moelle osseuse pour traiter une forme de cancer du sang (lymphome de Hodgkin), l'un en 2008 et l'autre en 2010. Près de huit mois après leurs opérations respectives, le virus n'était plus détectable. Les deux hommes sont alors restés sous traitement par des antirétroviraux pendant un moment, avant de cesser cette année de prendre ces médicaments. En juillet 2013, les docteurs ont annoncé que les résultats étaient encourageants, notamment pour l'un des deux qui semblait avoir totalement éliminé le virus de son organisme. Mais les premiers signes d’une réactivation virale sont apparus : dans un cas, 12 semaines après l'arrêt des antirétroviraux, et dans le second cas : 32 semaines après. "Le retour de signes détectables du VIH est décevant, mais très important sur le plan scientifique", a expliqué Timothy Heinrich, chercheur-physicien au sein du département des maladies infectieuses au Brigham and Women's Hospital de Boston, cité par l’AFP. "Nous avons ainsi pu découvrir que les réservoirs du VIH sont plus profonds et plus persistants que ce que nous croyions", précise-t-il dans un communiqué. "Les deux patients ont repris leur thérapie [anti-VIH] et vont bien", a-t-il précisé. Pour les scientifiques, cette découverte laisse penser "qu'il peut y avoir un important réservoir du VIH d'une grande longévité à l'extérieur du compartiment [qu’est le] sang". "Cela montre que le VIH peut être réduit à des niveaux indétectables par des analyses très poussées et pourtant persister", a-t-il encore noté. Timothy Ray Brown est à l'heure actuelle la seule personne qui semble avoir été totalement guérie du VIH. Cet Américain vivant précédemment avec le VIH, qui souffrait également de leucémie, avait reçu une greffe de moelle osseuse d'un donneur rare, naturellement résistant au VIH avec une mutation sur des récepteurs présents sur les lymphocytes CD4. Depuis six ans, il n'a montré aucun symptôme d’une réactivation virale. A la différence de Timothy Ray Brown, les deux patients en question n'ont pas reçu de greffes de la part de donneurs portant en eux une résistance génétique naturelle au VIH par une mutation, rare, de récepteurs CCR5, présents à la surface des lymphocytes CD4. Un traitement immunosuppresseur et une greffe de moelle ne sont pas suffisants pour se débarrasser du VIH comme ces trois exemples le montrent ; les conditions pour une éradication du virus sont encore plus complexes. Nul doute cependant que l’étude des situations arrivées à ces personnes nous en apprendra un peu plus sur le VIH et sa persistance dans le corps humain.