Étudiant dentiste exclu à cause du VIH

18 Janvier 2023
1 577 lectures
Notez l'article : 
5
 
0

Injustice. Frank Martin (c’est un pseudonyme) est un Allemand de 34 ans, diagnostiqué séropositif au VIH en 2012. Dans un entretien accordé au site allemand Hessenschau, l’étudiant en médecine dentaire raconte comment il a été exclu de l'Université Philipps de Marbourg (une ville du Land de Hesse en Allemagne) en raison de sa séropositivité. En 2020, alors qu’il se lance dans le troisième cycle de ses études, la partie clinique, Franck Martin doit passer un examen d'aptitude à la médecine du travail au cours duquel on lui demande de faire un test VIH. Une fois, le résultat positif obtenu, le médecin convoque une commission d'experts-es et demande à son médecin de famille de lui envoyer les résultats de laboratoire pour l'année précédente. Au cours de cette période, la charge virale de l’étudiant s’est située à deux reprises légèrement au-dessus du seuil de détection. La commission décide que Martin sera exclu des études pendant un an. De plus, il doit prouver chaque mois par une mesure de charge virale qu'il n'est « pas contaminant ». Il a dû payer de sa poche les tests à 145 euros chacun, ce qu'il a fait pendant neuf mois. L’étudiant qualifie d’humiliant les examens chez cette médecin du travail : « Elle m'a posé des questions sur mes pratiques sexuelles, sur mes médicaments et a méticuleusement tout noté dans mon dossier. Et à chaque fois, elle cherchait des symptômes associés au VIH et examinait à la loupe la moindre zone de peau ». À l'approche des cours pratiques de l'été 2021, Frank Martin n'a pas obtenu de certificat d'aptitude, car il a refusé de se soumettre aux contrôles à partir de février 2021 et n'a plus présenté les résultats des tests. L’étudiant a contesté son exclusion en justice. Son avocat a fait établir une expertise sur l'efficacité de son traitement VIH et les écarts possibles de la charge virale par l'un des plus grands scientifiques allemands spécialisés dans le sida, Jürgen Rockstroh (directeur du service d'infectiologie de l'hôpital universitaire de Bonn). En novembre 2021, le tribunal administratif de Gießen a rendu une première décision dans cette affaire. Il a suivi l'expertise et a constaté que, du point de vue infectieux, il n'y avait aucune raison d'exclure les patients-es des cours pratiques. « Ma joie était immense », raconte Martin. « Nous avions le sentiment que les minorités étaient réellement protégées en Allemagne ». Mais l'université a maintenu son interdiction de participation. L'affaire a finalement atterri devant la Cour administrative de Hesse. Début janvier 2022, celle-ci a donné raison à l'université dans une procédure d'urgence et n'a pas autorisé de recours. « Ils ont rejeté l'expertise de Rockstroh parce que ce dernier n’est pas expert en médecine dentaire  ». Même si les recours de l’étudiant contre les décisions d'exclusion des semestres suivants sont toujours en cours, il ne pourra pas poursuivre ses études à Marbourg. « Que des personnes séropositives puissent être exclues de certaines parties d'une université publique parce qu'elles sont considérées à risque pour leurs semblables est tout simplement inconcevable pour moi ».