Fiscalité : les perdants-es et les autres !

11 Février 2020
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La politique budgétaire et fiscale menée depuis 2018 a favorisé le pouvoir d'achat des personnes les plus aisées au détriment des personnes les plus modestes, selon un rapport de l'OFCE (l'Observatoire français des conjonctures économiques) publié mercredi 5 février. Le gouvernement en conteste les analyses comme les conclusions, indique l’AFP. Ces derniers mois, plusieurs rapports d'économistes ont montré que les ménages modestes n'avaient pas été les plus gagnants de la hausse globale du pouvoir d'achat, estimée à 17 milliards d'euros entre 2018 et 2020. Un gain qui représente « quelque chose de totalement massif » et un « effort sans précédent », défend le ministère des Finances. Mais le rapport de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), organisme plutôt classé à gauche, va plus loin : selon ses calculs, « plus des deux tiers des ménages appartenant aux 10 % les plus modestes affichent des pertes de revenu disponible » sur la période, quand le reste des Français-es l'ont vu augmenter, explique l’AFP. Rien que pour 2020, 15 % des ménages les plus modestes vont voir leur niveau de vie « amputé », en particulier par les réformes des allocations chômage et logement, précise l'OFCE. À l'inverse, « les grands gagnants » seront plutôt ceux dont le niveau de vie est supérieur au niveau de vie médian. Et entre 2018 et 2020, un quart des 17 milliards d'euros de gains de pouvoir d'achat ont profité aux 5 % des ménages les plus aisés. Une conclusion qui a suscité de nombreuses réactions de l'opposition de gauche. « Quand une étude de l'OFCE confirme le bien fondé de toutes nos critiques faites pendant le débat du [projet de loi de finances 2020] Emmanuel Macron est toujours plus le président des ultra riches au détriment des plus pauvres », a commenté le député de la France insoumise Éric Coquerel. Après la publication du rapport de l'OFCE, le gouvernement s'est empressé de renvoyer à sa propre étude, jointe au dernier projet de loi de finances, l’automne dernier. Selon celle-ci, le niveau de vie des 10 % de ménages les plus pauvres devrait progresser de 2,3 % entre 2018 et 2020. Selon Bercy : « Il y a des mesures qui n'ont pas été prises en compte dans le rapport de l'OFCE ». Et le gouvernement de citer l'augmentation du taux de recours de la prime d'activité, soit un manque d'environ un milliard d'euros, le 100 % santé, ou encore des revalorisations du RSA fin 2017 ou de l'allocation de soutien familial en 2018. Par ailleurs, le ministère de l’Économie et des finances pointe des « désaccords méthodologiques » qui faussent le résultat : comme l'évaluation de la baisse des dépenses de tabac induites par la hausse de la fiscalité ou celle de l'impact sur le revenu des ménages du retour à l'emploi de certains Français-es modestes. Bercy va publier prochainement une étude sur ce sujet. Des critiques que l’OFCE juge fausses. L’économiste Mathieu Plane, un des auteurs-rices du rapport, estime, par exemple que le 100 % santé a été pris en compte, contrairement à ce que le gouvernement laisse entendre. Le rapport montre que « le vrai facteur discriminant, c'est l'activité », juge Pierre Madec, économiste à l'OFCE. Les personnes inactives (chômeurs-euses et retraités-es) ont ainsi « plutôt été mis à contribution pour financer les augmentations [de pouvoir d'achat] des actifs », a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse de présentation de l’étude. Un résultat qui résonne avec le discours martelé par le président de la République et le gouvernement depuis le début du quinquennat : « Il faut que le travail paye mieux ». Une priorité qu'on « assume » Bercy.