Handicap : flottement dans la majorité

25 Février 2020
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Majorité comme gouvernement n’ont pas vu le coup venir. L'Assemblée nationale a adopté jeudi 13 février contre l'avis du gouvernement et de la majorité LREM une proposition de loi traitant notamment du handicap, après un débat tendu émaillé d'allusions à l'épisode récent du congé pour deuil d'enfant. Les députés-es LREM et les élus-es MoDem ont été mis en minorité au moment du vote sur cette proposition du groupe Libertés et Territoires. Le texte a été adopté par 44 voix contre 31 en première lecture. Quatre "députés-es de la majorité et une élue MoDem se sont joints aux voix favorables, les députés UDI-Agir apportant aussi leur soutien, indique l’AFP. Le débat a été vif, plusieurs parlementaires faisant allusion au refus des députés-es LREM d'allonger le congé de deuil après la perte d'un enfant. « Vous avez la possibilité de l'humanité », a martelé le député de la France insoumise François Ruffin, s'adressant à la majorité. « Vous serez seuls dans cet hémicycle et dans le pays », a-t-il prévenu. « Vous êtes pris en flagrant délit d'inhumanité une fois de plus », a ajouté Jean-Luc Mélenchon (FI). De son côté, le député LR Aurélien Pradié a fustigé une majorité qui n'apprenait pas « de ses erreurs ». La députée LREM Anne-Christine Lang a répliqué, demandant aux députés-es Insoumis et LR de « garder leurs leçons d'humanité », les accusant de faire « croire aux associations (de personnes en situation de handicap) qu'on pouvait raser gratis ».  La proposition de loi portée par le député Libertés et Territoires Yannick Favennec Becot, avait pour objet « diverses mesures sociales » concernant les personnes hébergées en Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou en situation de handicap. La mesure principale du texte vise à l'individualisation de l'allocation adulte handicapé (AAH), en supprimant la prise en compte du revenu du conjoint dans son calcul. C’est une revendication de longue date des associations du champ du handicap. Le texte aborde également la prestation de compensation du handicap, et relève l'âge maximum pour en bénéficier à 65 ans (il est de 60 ans actuellement). La secrétaire d'État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel a assuré que pour le gouvernement, « la priorité était donnée au handicap », au lendemain de la conclusion de la conférence nationale du handicap. Elle a rappelé que l'AAH avait bénéficié de deux revalorisations depuis le début du quinquennat, et qu'elle était déjà « quasi-individualisée ». « Arrêtez de dire que nous n'avons rien fait », a tempêté la ministre. Elle a renvoyé, en vain, à l'examen du projet de loi « grand âge et autonomie », d'ici à l'été 2020, dont le « cadre global » devrait permettre d'aborder les sujets évoqués. Logiquement, elle a souligné les avancées faites par le gouvernement. Peu importe, les arguments, mais la proposition de loi a été adoptée. « La majorité n’est pas parvenue à mobiliser suffisamment de troupes opposées au texte et certains députés macronistes et MoDem se sont abstenus. Cette adoption du texte en première lecture ne dit rien encore de la mise en application des mesures qu’il contient. Il faudra pour cela qu’il suive la navette parlementaire classique (deux lectures – à l’Assemblée et au Sénat), ce qui peut prendre un peu de temps. Quand bien même il serait adopté définitivement, sa mise en application nécessiterait que les crédits budgétaires soient accordés pour les financer », analyse Le Monde. Ce vote est donc d’abord un symbole : celui d’un flottement dans la majorité.