Hôpitaux : mobilisation face à la crise

16 Décembre 2019
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Un mouvement de grève sans précédent touche l’hôpital public depuis plusieurs mois. Parti des services d’urgences débordés, sous équipés et en sous-effectifs depuis des années, le mouvement s’est entendu à l’ensemble de l’hôpital public, lui aussi exsangue après plusieurs années d’austérité. Dans ce contexte, le Collectif inter-hôpitaux a réalisé une note sur la situation. Note qui a été adressée aux parlementaires en novembre 2019. Qu’explique la note du Collectif inter-hôpitaux ? Elle rappelle que les « transformations et restructurations » ont été majeures à l’hôpital public. Ainsi, 10 % des établissements ont fermé : cela représente 158 entités hospitalières (1 522 en 2008, 1 364 en 2018). Autre indicateur : 13% des lits ont fermé, soit une diminution de 284 140 lits d’hospitalisation complète en 2008 à 246 395 en 2017 sans que l’hospitalisation partielle ne soit à hauteur pour compenser ces fermetures de lits. Autre évolution qu’a connue le monde hospitalier : l’adaptation épidémiologique. Le vieillissement et la hausse des maladies chroniques, entraine une augmentation du nombre de personnes nécessitant un suivi complexe, pluri-professionnel car plus âgées et porteuses de multiples pathologies. Dans sa note d’information, le Collectif point un paradoxe : « Alors même que le temps nécessaire pour répondre à ces besoins aurait dû augmenter, le temps médical disponible en ville a diminué ». Une des contraintes de l’hôpital aujourd’hui est de s’adapter à la désertification médicale qui est en cours dans de nombreux territoires : en raison du numerus clausus ou de la mutation des modes d’exercice (retrait des libéraux de la permanence des soins, travail à temps partiel, départ en retraite, etc.). Un des conséquences est que le « temps médical disponible s’est raréfié en ville, même si le nombre de médecins pour mille habitant est identique depuis 20 ans ». Du coup, l’hôpital doit maintenant prendre en charge les soins de recours ou d’expertise, des plus simples aux plus techniques, et aussi les soins primaires et le suivi des cohortes de malades chroniques et les patients précaires, note le Collectif inter-hôpitaux. L’activité hospitalière a augmenté : plus 834 380 séjours supplémentaires. Le problème pour le collectif est que « toutes ces évolutions n’ont pas été financées et se sont faites malgré une véritable austérité ».
La note met en avant les conséquences sur les professionnels-les de santé, mais n’ignore pas celles sur les personnes soignées. « Des soignants en sous effectifs et épuisés ne peuvent pas convenablement soigner des patients de plus en plus complexes », avance la note adressée aux parlementaires. « Dans beaucoup de services, les infirmières ont à prendre en charge entre 12 et 15 patients, parfois on ne trouve qu’une infirmière pour 22 voire 30 patients la nuit ! », dénonce le texte. Le système actuel conduit à un déficit financier. « Le résultat net de l'ensemble des hôpitaux était déficitaire d'environ 200 millions en 2010, le déficit s'élève en 2018 à 731 millions et six hôpitaux sur dix sont en déficit. Les investissements des hôpitaux publics représentaient 11% de leurs recettes en 2010-2011, ils n'en représentent plus que 5,7 % en 2017 soit 4.5 milliards d'euros. Ce défaut d’investissement pèse ou va peser rapidement sur la qualité de l’accueil des malades et sur la qualité des soins dont ils vont pouvoir disposer », estime le Collectif inter-hôpitaux. Face à la mobilisation de l’hôpital public, le gouvernement a présenté son « Plan hôpital » débloquant 1,5 milliard sur trois ans, surtout tourné vers la reprise de la dette des hôpitaux par l’État, mais jugés insuffisants par les soignants-es mobilisés car ne répondant pas aux besoins en ressources humaines et matérielles. Les principales revendications concernent : une meilleure rémunération du personnel hospitalier, notamment des aides-soignants-es et des infirmiers-ères (moins payés-es en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE) ainsi que de nouvelles embauches pour compenser le doublement de la fréquentation aux urgences et à l’hôpital depuis 20 ans ; la réévaluation des filières des soins afin de mettre à plat les besoins en termes de réouverture de lits et mettre ainsi fin au système d’ « usines à soins » en cours à l’hôpital et notamment aux urgences ; la révision du mode de financement des services (tarification à l’acte, etc.) afin de débloquer le nécessaire investissement en ressources humaines et matériels pour moderniser l’hôpital ; l’intégration et l’association des usagers-ères et des soignants-es, toute catégorie confondue, aux décisions et projets de soins, pour créer de réels partenariats. Ces derniers mois, des meetings, des pétitions, etc. ont renforcé la mobilisation. Réunis en collectifs régionaux et nationaux inter-hôpitaux et inter-urgences, les professionnels-les de santé mobilisés ont sollicité les patients-es et les associations pour se joindre au mouvement et faire valoir leurs revendications en termes de gouvernance et de leur prise en compte dans l’organisation locale des soins. Une pétition, réunissant déjà plusieurs centaines de milliers de signatures, a déjà été lancée. Elle est soutenue par divers ONG, dont AIDES, qui appelle à sa signature. À noter qu’une mobilisation pour la défense de l’hôpital public est prévue lors de la journée d’action nationale  le 17 décembre 2019.