Inégalités sociales dans l'accès aux soins

3 Octobre 2022
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Prévalence de maladies chroniques, risque de renoncement aux soins, réalisation de tests de dépistage… nombreux sont les domaines de la santé où existent des inégalités sociales. Un récent rapport montre à quel point ces inégalités sociales se ressentent au sein du système de santé. Il s’agit du Rapport 2022 sur l'état de santé de la population en France publié le 20 septembre dernier par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques des ministères sociaux (Drees). Premier élément, ces inégalités se retrouvent dès le plus jeune âge. Les disparités sont marquées entre les enfants selon la catégorie socio-professionnelle de leurs parents : deux fois plus d'enfants d'ouvriers que d'enfants de cadres se retrouvent en surpoids en grande section de maternelle, note la Drees.  Si la prévalence de troubles de la vue est identique, les enfants d'ouvriers sont moins nombreux que ceux de cadres à porter des lunettes (31 % contre 37 %), selon le rapport. Évidemment, les disparités se poursuivent avec l’avancée en âge. Au long de la vie, le risque de développer une maladie chronique, à l'exception de certains cancers, est plus élevé chez les personnes les plus modestes que chez les personnes les plus aisées. Les 10 % des Français-es les plus pauvres développent ainsi 2,8 fois plus souvent un diabète que les 10 % les plus aisés. Le risque de développer une maladie chronique du foie ou du pancréas est également 2,4 fois plus élevé pour les plus modestes par rapport aux personnes plus aisées, et 2 fois pour les maladies psychiatriques. Seul, le cas des cancers se distingue. Les cancers surviendraient « un peu moins fréquemment chez les personnes avec les niveaux de vie les plus modestes ». Les personnes aisées sont « souvent prises en charge pour des cancers de la prostate et du sein », et les personnes modestes pour le cancer du poumon, note la Drees.  Mais cela peut s'expliquer par un plus faible recours aux tests de dépistage : en 2019, les femmes âgées de 50 à 74 ans qui n'avaient jamais réalisé de mammographie étaient 24 % parmi les femmes les plus aisées contre 39 % chez les femmes les plus précaires. Le renoncement aux soins touche également davantage les plus modestes, accentué par les déserts médicaux dans certains territoires. Pour la Drees, ces disparités peuvent s'expliquer, en partie, par « des habitudes de vie différenciées selon le milieu social ». Chez les personnes les plus modestes, l'alimentation comporte moins de fruits et légumes, avec plus d'obésité, note également le service statistique. La population française est de plus en plus âgée et le sera davantage à l’avenir : 9 % de personnes sont âgées de 75 ans ou plus aujourd’hui, elles devraient être 16 % dans trente ans, explique la Drees. L’espérance de vie continue de croître malgré une baisse conjoncturelle en 2020 du fait de l’épidémie de Covid-19, mais sur les dix dernières années sa croissance s’amoindrit. L’espérance de vie sans incapacité à 65 ans ralentit aussi mais progresse plus rapidement que l’espérance de vie à 65 ans. Les inégalités sociales de santé se manifestent dans l’apparition des maladies chroniques qui surviennent et touchent plus fréquemment les personnes aux faibles revenus, indique le Rapport 2022. Aux grands âges, les problèmes de santé sont avant tout caractérisés par des pathologies multiples : 21 % des personnes âgées de 75 ans ou plus sont concernées par au moins trois pathologies, contre 8 % entre 65 et 74 ans et 3 % entre 45 et 64 ans. Des inégalités territoriales apparaissent en matière d’espérance de vie : celle-ci est plus faible dans le nord et l’est de la France métropolitaine ainsi que dans les cinq départements et régions d’outre-mer (DROM). Le champ des comportements qui ont un impact sur la santé est très large : il englobe pratiquement l’ensemble des activités du quotidien telles que l’alimentation, l’exercice physique, le sommeil, la sociabilité mais également la consommation de substances et les comportements à risque. « La France demeure dans le groupe de pays européens les plus consommateurs d’alcool. Même si la consommation continue de baisser, les alcoolisations ponctuelles importantes (API) augmentent : elles concernent 27 % des femmes et 50 % des hommes de 15 ans ou plus en 2019 en France métropolitaine, contre 17 % et 42 % en 2014. La consommation de tabac diminue également entre 2014 et 2019, mais la baisse semble s’interrompre en 2020, dans un contexte de crise sanitaire. Par ailleurs, plus de trois habitants-es sur quatre consomment tous les jours des fruits et légumes en France métropolitaine, mais c’est le cas de moins de la moitié des habitants-es dans les DROM, où la consommation de boissons sucrées est aussi plus répandue. La surcharge pondérale concerne 45 % des personnes en France dont 14 % souffrant d’obésité. Les prévalences d’obésité sont plus élevées dans le nord de la France et dans la plupart des DROM, ainsi que parmi les personnes les plus modestes.