JNI 2020 : retour express !

3 Octobre 2020
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Du 9 au 11 septembre dernier, se sont déroulées les traditionnelles Journées nationales d’infectiologie (JNI). Contexte de crise de la Covid-19 oblige, moult discussions très animées ont agité la période en amont de cette réunion annuelle pour déterminer si l’édition 2020 des JNI était maintenue en « réel » ou en « virtuel ». Tous-tes les experts-es étaient loin d’être d’accord. Certains-es considéraient qu’une telle réunion d’infectiologues, alors que le coronavirus regagne du terrain, était pure folie, alors que d’autres estimaient que si les gestes barrières et autres mesures de précaution étaient respectées, c’était au contraire l’occasion de montrer que l’on peut continuer à « vivre avec ». C’est cette option qui a eu gain de cause. Avec, au final, une conférence qui a réuni près de 1 200 professionnels-les de l’infectiologie. L’événement a été ouvert par une intervention du ministre de la Santé (en vidéo) et une allocation du professeur Jérôme Salomon, directeur général de la Santé (en vidéo) ; deux interventions ostensiblement favorables à la tenue en présentiel de cet événement. Il faut reconnaître que toutes mesures de sécurité et de protection, drastiques, ont été scrupuleusement respectées : masques, gel, distance entre les sièges des participants-es, pas de déjeuner ni dîner assis, juste des paniers repas consommables uniquement en extérieur, autour du palais des congrès de Poitiers, ville hôte de l’événement.

Côté contenu, en revanche, même si les paniers repas étaient excellents, on est resté un peu sur sa faim ! Certes les sessions consacrées au VIH étaient intéressantes, mettant en avant les nouvelles façons de prendre en charge les personnes (bithérapies versus trithérapies : « avantages/inconvénients », traitement anti-VIH sans anti-intégrase pour éviter les prises de poids, traitements « longue durée » bientôt disponibles, etc.), mais les sessions consacrées à la Covid-19 manquaient de substance. Peu de débats entre experts-es… alors même qu’il aurait été intéressant de les entendre apporter leurs lumières sur ce qui anime les plateaux télé depuis six mois ; peu de confrontation ou partage d’expériences de terrain. Mais aussi peu de mise en perspective sur cette histoire incroyable d’une épidémie venue de Chine et que nous vivons tous-tes depuis ce début d’année 2020 comme un chaos généralisé ! L’ensemble manquait un peu de hauteur. Peut-être est-il encore trop tôt pour çà ?

Reste quelques informations réconfortantes en ces temps incertains. La prise en charge de l’infection par le Sars-CoV-2  s’est nettement améliorée, avec 50 % de moins de passages en réanimation pour les personnes hospitalisées, et 60 % de moins de décès. Certes l’âge, plus jeune, des personnes actuellement touchées, joue un rôle majeur dans ces baisses. Mais, il est aussi important de noter l’amélioration de la prise en charge elle-même, avec un recours mieux adapté aux corticoïdes et aux médicaments anti-coagulants, et une meilleure utilisation des ventilateurs respiratoires. En revanche, pas un mot sur l’hydroxychloroquine et les autres traitements (comme le remdesivir, etc.) un temps évalués pour leur potentiel effet antiviral : unanimité sur leur non-intérêt ; ça ne faisait même plus débat. Côté vaccin anti-Covid, des premiers résultats sont attendus pour la fin de l’année, avec, dans le meilleur des cas, une disponibilité d’un vaccin au printemps 2021. Une enquête présentée lors de ce congrès a montré que 30 % des personnes disent d’ores et déjà qu’elles « refuseront ce vaccin », par manque de confiance sur son innocuité. Ce chiffre est encore plus élevé chez les jeunes et les personnes qui politiquement disent être proches de l’extrême gauche ou de l’extrême droite. Un tel vaccin serait pourtant plus que bienvenu quand on sait que la maladie repart en France (plus de 16 096 contaminations supplémentaires enregistrées en 24 heures en date du 24 septembre, par exemple). Une étude, présentée lors des JNI, indiquait d’ailleurs qu’on testait trois à quatre fois plus que quelques semaines plus tôt, mais pour un nombre de test positifs multiplié par 12… L’antienne « On trouve plus car on teste plus », n’est clairement plus de mise… La réalité est là : l’épidémie de Covid-19 repart !