La dépression a progressé en France

7 Novembre 2018
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La dépression a progressé en France entre 2010 et 2017, en particulier chez les femmes, les personnes au chômage, les étudiants-es, les personnes ayant les faibles revenus et les personnes de moins de 45 ans, relève une étude de Santé publique France publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH, 15 octobre 2018). L’agence publique de santé fonde ses données sur les résultats d’un questionnaire auprès de 25 319 personnes qui ont répondu par téléphone et via Internet. Elle conclut qu’en « 2017, près d'un adulte de 18 à 75 ans sur dix avait déclaré avoir vécu un épisode dépressif caractérisé ayant eu un retentissement sur ses activités habituelles au cours des 12 derniers mois ». Les experts-es prennent en compte les épisodes dépressifs caractérisés ou EDC. Cela ne correspond en rien à la « déprime » passagère qui peut gagner tout un chacun, il répond à des critères précis tels qu'une période de 15 jours au moins de tristesse ou de perte d'intérêt associée à au moins trois facteurs secondaires (baisse ou augmentation du poids, difficultés de sommeil, pensées morbides, etc.). Au total, 9,8 % des 18-75 ans ont connu un tel épisode en 2017. « C'est deux points de plus par rapport à 2010, après une période de stabilité entre 2005 et 2010 », note le BEH. Le trouble touche deux fois plus les femmes (13 %) que les hommes (6,4 %), une différence qui peut s'expliquer par la différence des positions sociales selon le sexe ou par le fait que les hommes sont moins enclins à admettre une dépression, indique Santé Publique France. Les personnes aux plus faibles revenus sont les plus exposées, avec une augmentation de 3 points entre 2010 et 2017. La dépression augmente le plus chez les 35-44 ans (+4,4 points) et les étudiants-es (+4 points). « En concordance avec les études internationales, ce sont donc le sexe féminin, l'inactivité professionnelle, le faible niveau de revenus, les ruptures conjugales et l'âge inférieur à 45 ans qui sont positivement liés à la survenue d'un épisode dépressif », note l'étude, citée par l’AFP. Les troubles dépressifs sont responsables de 35 à 45 % des arrêts de travail, et le BEH s'est penché sur les données recueillies auprès de 14 520 personnes actives. Environ 8,2 % d'entre elles ont connu un épisode dépressif, les femmes étant toujours deux fois plus touchées que les hommes (11,4 % contre 5,3 %). Chez les hommes, le taux varie fortement en fonction du secteur d'activité : les plus touchés sont l'hébergement et la restauration, les activités financières et l'assurance. Chez les hommes comme chez les femmes, le fait d'avoir été victime de menaces verbales ou physiques augmente le risque de présenter une dépression, tout comme la peur de perdre son emploi. Dans une autre étude, Santé publique France note une augmentation du recours aux soins pour les troubles anxieux de 2010 à 2014 : 1,3 million de patients-es ont été pris en charge dans un établissement autorisé en psychiatrie, soit une hausse de 3,7 % chez les hommes et 3,6 % chez les femmes. Les prises en charge sont les plus élevées au regard de la population dans la moitié nord de la France: Bretagne, Normandie, Hauts-de-France et Grand Est. L'Agence pointe « l'inquiétant désengagement de l'industrie pharmaceutique des troubles psychiques, alors que 30 % des patients-es ne répondent pas aux antidépresseurs ».