La recherche attaquée par l’administration Trump

14 Juin 2019
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L’administration Donald Trump a annoncé (5 juin) qu’elle mettait fin à toute recherche médicale dans les centres fédéraux sur les tissus fœtaux issus d'avortements, accédant ainsi à une revendication majeure des militants-es anti-IVG aux États-Unis. C’est par voie de communiqué que le département de la Santé a annoncé que plus aucun-e chercheur-se des Instituts nationaux de santé (NIH) ne pourrait désormais travailler sur ce type de tissus. « Promouvoir la dignité de la vie humaine de la conception jusqu'à la mort naturelle est l'une des premières priorités de l'administration du président Trump », a indiqué le ministère. Par ailleurs, l'administration américaine a indiqué qu'elle ne renouvellerait pas le contrat de financement public, d'un montant de deux millions de dollars par an, passé en 2013 avec l'université de Californie à San Francisco (UCSF) pour des travaux de recherche sur les tissus fœtaux. Ces travaux sont utilisés pour développer de nouveaux traitements contre le VIH, rappelle l’AFP. L'UCSF utilise notamment des souris dans lesquelles les chercheurs implantent du tissu fœtal pour créer un système immunitaire proche de celui de l'homme et tester des anticorps potentiels contre le virus du sida. Les projets de recherche financés par des fonds publics dans d'autres universités ou centres de recherche ne seront pas exclus systématiquement, mais seront désormais soumis à une nouvelle procédure impliquant un comité d'éthique consultatif. Bien entendu, la décision a été saluée par les opposants-es au droit à l'avortement, qui assurent que ce type de recherche est immoral et pourrait encourager les femmes à avorter. Pour de nombreux-ses scientifiques, les tissus fœtaux sont essentiels pour les recherches de pointe et ils ont déjà permis de nombreuses avancées, notamment pour les vaccins contre la poliomyélite, la rubéole et la rage. L'arrêt des financements publics « va anéantir des recherches cruciales, ralentir les traitements contre le cancer, le sida, la démence. Interdire le tissu fœtal, c'est interdire l'espoir pour des millions de gens qui souffrent de maladies invalidantes », a estimé sur Twitter Lawrence Gostin, professeur en droit de la santé à l'université Georgetown de Washington.  On compte aujourd’hui environ 1,1 million de personnes vivant avec le VIH aux États-Unis, où le chiffre des contaminations stagne depuis 2013 à environ 39 000 cas par an.  Cette décision entre en collision avec la volonté affichée par Donald Trump de mettre fin au sida dans son pays. Reste qu’elle intervient après le vote dans plusieurs États conservateurs de lois très restrictives sur les interruptions volontaires de grossesse (IVG). Les analystes considèrent que cette stratégie a pour objectif  de ramener cette question sensible devant la Cour suprême, qui avait légalisé l'avortement en 1973, en escomptant que, cette fois-ci, les juges de la Cour (majoritairement conservateurs) reviendront dessus et choisiront de ne plus légaliser l’avortement. Opposant déclaré à l'avortement, Donald Trump fait de cette stratégie (dont la décision sur la recherche n’est qu’une illustration de plus) un des sujets de mobilisation de sa base électorale (fortement opposée à l'IVG) alors qu'il briguera un second mandat en 2020.