Laboratoires : 170 millions d'euros de dons aux CHU

22 Janvier 2020
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La somme est conséquente : 1,36 milliard. Ce montant correspond à des dons, des rémunérations et des avantages. C'est ce qu'ont reçu l'ensemble des professionnels-les de santé, en 2018, selon les chiffres de la base Transparence Santé, mise au point après le scandale du Médiator, qui rend obligatoires les déclarations de tout don de plus de dix euros, fait par un laboratoire pharmaceutique, explique l’AFP. À eux seuls, les CHU (centres hospitaliers universitaires) ont reçu quelque 170 millions d'euros de la part de laboratoires pharmaceutiques en 2018, selon une enquête de plusieurs journalistes. Un travail du collectif Data+local qui relance le débat sur les liens controversés entre médecins et laboratoires. Selon l'enquête, plus de 92 millions ont été versés aux professionnels-les de santé exerçant dans les 32 CHU du territoire, auxquels s'ajoutent quelque 78 millions d'euros versés au titre notamment de conventions passées entre les CHU et les laboratoires (par exemple, pour des projets de recherche). Le journal Sud Ouest indique ainsi que le CHU de Bordeaux, avec près de 4,5 millions d'euros d'avantages et de rémunérations pour son personnel soignant en 2018, figure dans le trio de tête des « hôpitaux français dont les personnels sont les plus liés à l'industrie de la santé ». En incluant l'ensemble des dons et subventions, « on arrive à 9,1 millions pour ce CHU », précise auprès de l’AFP Frédéric Sallet, journaliste à Sud Ouest. De son côté, le quotidien Le Parisien s'est intéressé à l'AP-HP, qui regroupe 39 hôpitaux et a reçu sur cette période 36,5 millions d'euros, dont 26,5 millions d'euros pour les médecins. En Île-de-France, le laboratoire suisse Novartis est le premier donateur avec près de deux millions versés en 2018, suivi par l'américain AbbVie ou encore par le français Sanofi « pour des sommes qui dépassent le million d'euros », selon Le Parisien. Contacté par l’AFP, Sanofi fait valoir que ces sommes correspondent essentiellement à une coopération pour la recherche. « Les relations de travail entre les CHU et les entreprises du médicament sont indispensables pour mettre au point de nouveaux médicaments et les tester dans des essais cliniques », précise l'entreprise dans un courriel adressé à la rédaction. Même argument pour Novartis, qui se défend de faire tout cadeau, « ni grand ni petit », et dit être le premier contributeur en termes d'essais cliniques en France. « Il est impossible pour une entreprise telle que Novartis de développer des médicaments performants et de répondre aux conditions draconiennes de sécurité pour les patients sans nouer des relations de travail étroites avec les professionnels de santé exerçant dans les CHU », affirme le laboratoire pharmaceutique suisse dans un courriel à l'AFP. De son côté, l'AP-HP précise que des progrès importants ont été accomplis ces dernières années pour la prévention des conflits d'intérêts. Son directeur général, Martin Hirsch a mentionné plusieurs mesures auprès de l’AFP, dont la mise en place de partenariats institutionnels avec des laboratoires « évitant des rétributions directes de l'industrie vers des praticiens », « une gestion beaucoup plus active des cumuls d'activité » pour les praticiens ou encore l'interdiction « des visites individuelles promotionnelles de l'industrie pharmaceutique et des industriels des dispositifs médicaux ». La base de données Transparence Santé a été créée en 2014 en réaction au scandale du Médiator, qui avait fait apparaître au grand jour les relations entre les laboratoires pharmaceutiques, les professionnels-les de santé et les autorités de santé. Une trentaine de journalistes du collectif Data+local ont recoupé les données de cette base, souvent critiquée pour sa complexité, avec celles de deux autres bases, celle de l'Annuaire Santé (qui recense les professionnels-les de santé enregistrés dans les répertoires nationaux) et celle d'Euros for docs, qui simplifie l'accès et le décryptage des données de Transparence Santé. Quinze titres à travers la France ont participé à cette enquête, dont La Montagne, les Dernières Nouvelles d'Alsace ou encore Ouest-France.