L’académie de médecine contre la défiance

19 Juin 2022
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Ces dernières années, on a pu constater qu’une partie des Français-es montrait de « la défiance ou même de l’hostilité », vis-à-vis des produits pharmaceutiques. Ce constat, fait par l’Académie de médecine, a poussé l’institution à y réfléchir et à réaliser un rapport qui a été diffusé le 7 juin dernier : Perception du risque médicamenteux par le public et rôle des médias. Dans son introduction, le rapport explique que la « pandémie due au Sars-CoV-2 (Covid 19) a confirmé combien la perception du risque médicamenteux par le public est instable, parfois peu rationnelle, combien sont nombreux et complexes les déterminants de cette perception et quel rôle de caisse de résonance des peurs du public les médias peuvent jouer ». Et de poursuivre : « Ce phénomène peut s’expliquer par la tendance forte de notre société qui est d’accorder la primauté au risque, au détriment du bénéfice, dans l’appréciation d’une innovation technologique. L’arbre du risque cache souvent la forêt de l’efficacité ». Rappelant des évidences, voire des lieux communs, le rapport s’efforce de dresser les déterminants sociologiques qui poussent certaines personnes à surévaluer le risque des produits pharmaceutiques. Le rapport fait évidemment un sort au numérique et critique « la viralité du témoignage vécu propagé par les réseaux sociaux ». L’Académie explique ainsi : « Le fait que les savoirs et les opinions soient véhiculés par les mêmes supports de diffusion creuse insidieusement le sillon relativiste de notre temps. On constate en outre que le web participatif a démultiplié les émetteurs d’information médicale, court-circuitant les acteurs institutionnels et les tiers tels que les journalistes qui opéraient jusqu’alors un travail de régulation, à l’interface entre les scientifiques et le public non averti. Les réseaux sociaux ne transmettent plus seulement de l’information générique mais aussi des témoignages vécus qui leur confèrent un plus grand pouvoir de captation ». Dans sa conclusion, le rapport de l’Académie en appelle à « une politique pédagogique ambitieuse auprès des jeunes : une formation à l’esprit critique et une acquisition des bases de la culture du risque médicamenteux devraient être instaurées dès le collège ». Elle estime, en outre, que « le public est en droit d’attendre des médias une information de qualité, prudente, contrôlée et indépendante des rumeurs, en faisant appel à des experts indiscutables et en privilégiant les données objectives par rapport aux témoignages subjectifs fondés sur des expériences individuelles ».