L’AME en danger

17 Février 2021
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La crise sanitaire liée à la Covid-19 a eu, au moins, un effet bénéfique, celui d’avoir reporté la mise en vigueur de mesures de restrictions de l'aide médicale d'État (AME) adoptées en 2019. Ce report a pris fin ce 17 février dernier. En réaction, les associations membres de l’Observatoire du droit à la santé des étrangers-ères (ODSE) ont publié un communiqué le 17 février pour dénoncer l’application de ces mesures. La veille déjà, une tribune, rédigée par un collectif de plus de 500 professionnels-les de santé et intitulée « La réforme de l’aide médicale d’État est une triple faute morale, économique et sanitaire » était publiée dans Le Monde.  « Le 30 octobre 2020, jour même du reconfinement, était signé le décret entérinant la réforme de l’AME. Symboliquement, le jour où le gouvernement prenait des mesures fortes pour garantir la santé du plus grand nombre, il actait une dégradation significative de la santé des plus précaires », déplore le collectif qui exige un retrait de ces restrictions. « Adoptée comme un gage donné à la frange la plus xénophobe de notre société, cette décision entre en contradiction avec des décennies de travail social et sanitaire, avec la logique économique et financière la plus élémentaire avec le principe républicain d’égalité à l’accès aux soins. Il est donc urgent de ne pas appliquer cette décision », souligne la tribune. Même son de cloche du côté des associations membres de l’ODSE qui demandent la suppression des nouvelles conditions d’accès à l’aide médicale d’État. L’observatoire souligne l’importance de maintenir un dispositif de santé publique qui bénéficie à la fois aux personnes étrangères, mais aussi à la collectivité : « Elle permet, en outre, d’éviter un surcoût pour la collectivité généré par des soins tardifs. Le budget annuel de l’aide médicale d’État ne représente que 1 % des dépenses de santé et est parfaitement maitrisé comme le soulignent conjointement les Inspections générales des Finances et des Affaires sociales ». Par ailleurs, l’ODSE dénonce des obstacles supplémentaires à l’accès aux droits pour les personnes étrangères en pleine crise sanitaire : « À compter du 17 février, les personnes souhaitant déposer une demande d’AME devront obligatoirement se rendre aux guichets des caisses pour enregistrer leur demande dans un objectif affiché par le gouvernement de lutte contre la fraude. Cette mesure anachronique vient s’appliquer au moment où les services publics tendent à se dématérialiser et où les moyens consacrés à l’accueil du public diminuent ». Et l’Observatoire de conclure : « Nos organisations appellent le gouvernement à mettre fin aux atteintes successives portées à l’aide médicale d’État depuis 2019. Elles ne peuvent se résoudre à accepter que le droit à la santé d’une partie de la population résidant en France soit remis en cause, et plaident pour l’alignement du parcours de soins des bénéficiaires de l’AME sur celui des assurés sociaux ».