Le baclofène réduit la consommation d'alcool

23 Septembre 2016
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Pas de miracle, mais des résultats intéressants dans la prise en charge de l'alcoolisme. Ce médicament attendu par certains comme un produit miraculeux permet certes de réduire la consommation d'alcool, en particulier chez les plus gros buveurs, mais ses résultats sont limités, selon des essais cliniques rendus publics le 3 septembre dernier, indique l’AFP. "Le baclofène permet de réduire la consommation d'alcool, dans un cas sur deux, ce n'est déjà pas si mal", précise le professeur Michel Reynaud, président du Fonds actions Aaddictions. "Ce n'est pas un médicament miracle", souligne ce spécialiste même s'il reconnaît que "ce médicament apporte un plus dans l'arsenal thérapeutique" contre l'alcoolo-dépendance. Le spécialiste se fonde sur deux études françaises présentées récemment au congrès mondial d'alcoologie à Berlin. L'étude Alpadir, a été menée sur sept mois avec 320 personnes réparties en deux groupes : 158 sous baclofène à la dose élevée de 180 mg/jour et 162 sous placebo (essai randomisé en double aveugle). Elle visait à évaluer d'abord le maintien d'une abstinence totale pendant 20 semaines et secondairement la réduction de la consommation d'alcool. Pour l'abstinence, aucune différence significative n'a été observée entre les deux groupes (11,9 % d'abstinents sous baclofène contre 10,5 % sous placebo). La baisse de consommation observée dans les deux groupes était plus importante dans celui traité par baclofène et encore plus marquée chez les buveurs à haut risque (plus de quatre verres/jour pour les femmes, plus de six verres/jour pour les hommes). "Des buveurs de douze verres/jour sont passés à trois verres avec le baclofène contre cinq avec le placebo", indique-t-il. Les effets indésirables (somnolence, fatigue, insomnie...) étaient plus fréquents sous baclofène. Aucun problème grave n'a été enregistré. L’autre essai, "Bacloville", a été réalisé sur 320 personnes suivies en ville par des médecins généralistes. Objectif : comparer l'efficacité et la sûreté du baclofène à fortes doses (jusqu'à 300 mg/j) à celles du placebo, au bout d'un an. Le professeur Philippe Jaury (AP-HP), coordonnateur de cet essai, a présenté des résultats préliminaires à Berlin. Ces derniers montrent "56,8 % de succès" (abstinence ou réduction de la consommation d'alcool) pour le groupe prenant du baclofène "contre 36,5 %" dans celui du placebo, selon un communiqué de l’AP-HP. Il faudra attendre la fin de l'analyse, notamment sur l'innocuité du médicament, pour conclure, explique l’AFP. Le laboratoire Ethypharm, promoteur de l'essai Alpadir, attend les résultats complets de l’essai "Bacloville" pour finaliser son dossier de demande d'autorisation de mise sur le marché. En attendant, pour encadrer les prescriptions, l'agence de sécurité du médicament a mis en place, en 2014, un système temporaire d'utilisation. Fin août, 7 024 patients étaient déclarés à l'ANSM, alors que selon l'Assurance maladie, environ 100 000 personnes seraient traitées avec le baclofène. Les résultats d'une nouvelle étude sur les effets indésirables du baclofène sur l'ensemble des utilisateurs, commandée par l'ANSM à l'Assurance maladie, sont attendus fin 2016.