Le Brésil face aux violences homophobes

30 Juin 2019
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La cour suprême du Brésil a décidé (13 juin) par huit voix contre trois de criminaliser l’homophobie. Les juges ont statué que « quiconque offenserait ou pratiquerait une discrimination à l’encontre des homosexuels ou des transgenres encourrait une sanction d’un à trois ans de prison », rapporte le quotidien de Rio, cité par Courrier international (15 juin). C’est une mesure très importante pour les minorités sexuelles d’un des pays qui compte le plus grand nombre d’assassinats de personnes LGBTI+, indique l’AFP. Le Tribunal fédéral suprême (STF) a provisoirement décrété que l’homophobie était équivalente au délit de racisme, en attendant que le Congrès – actuellement à majorité conservatrice et sous forte influence des Églises évangéliques – élabore une loi spécifique pour réprimer ce type de discrimination ; ce qui est loin d’être gagné. « Tout préjugé est une violence », a déclaré Carmen Luzia, juge au STF, pour expliquer son vote favorable. « Toute discrimination est une cause de souffrance », mais « certains préjugés causent plus de souffrances que d’autres, parce que ce sont des blessures qui frappent la personne dans son foyer, qui séparent les parents des enfants, les frères, les amis, pour le simple fait de tenter de vivre quelque chose qui se présente comme naturel », a expliqué la magistrate. Selon l’organisation non gouvernementale Grupo Gay da Bahia (GGB), qui collecte des statistiques nationales depuis quatre décennies, il y a eu en 2017 au Brésil 387 meurtres et 58 suicides conséquences de ce que l’association appelle « homotransphobie ». Les chiffres donnés par GGB sont de 30 % supérieurs à ceux de 2016. Ils impliquent la mort par meurtre ou suicide d’une personne LGBT toutes les 19 heures au Brésil. Cette décision a suscité une vive réaction du président brésilien Jair Bolsonaro, notoirement homophobe. Selon le président d'extrême droite, le fait que la justice décrète que l'homophobie est équivalente au délit de racisme serait préjudiciable aux homosexuels eux-mêmes, indique l’AFP. La Cour suprême s'est « complètement trompée » car elle « est allée sur le terrain législatif », a ainsi commenté Jair Bolsonaro, élu grâce au soutien des églises pentecôtistes ultra-conservatrices qui sont homophobes. Jair Bolsonaro a affirmé (14 juin) que la Cour suprême avait outrepassé ses prérogatives en criminalisant l'homophobie. Il a, par ailleurs, redit sa volonté de nommer un-e juge évangélique à la plus haute juridiction du pays. De son côté, le quotidien brésilien Folha de São Paulo, cité par Courrier international, souligne que « la Cour suprême agit contre la lâcheté des politiques », désignant les parlementaires. Plusieurs sessions se sont tenues depuis 2001 sur le thème de l’homophobie à la chambre des députés-es, mais aucun texte n’a jamais été approuvé, pointe le quotidien brésilien alors que le pays connaît un nombre particulièrement élevé de meurtres LGBTIphobes ou de suicides du fait des discriminations. Pour 2018 : 420 personnes de la communauté LGBTI ont été assassinées ou se sont suicidées au Brésil suite à des agressions homophobes, rappelle GGB.