Le carnet de santé numérique

14 Novembre 2018
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Attendu depuis près de 15 ans, le dossier médical partagé (DMP), sorte de carnet de santé numérique, devrait bientôt devenir une réalité pour tous les Français, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé (5 novembre) sa généralisation. Elle a invité « tous les Français » à « se faire ouvrir » un DMP, soit sur Internet, soit chez leur pharmacien, vantant un outil permettant des « gains de temps, peut-être des économies » en rationalisant les soins, mais « avant tout un outil de partage d'information pour faire de la meilleure médecine ». Le directeur général de l'Assurance maladie, Nicolas Revel, et le président de France assos Santé, Alain Michel Ceretti, qui regroupe 80 associations de patients, ont participé au « lancement officiel » de la nouvelle version de cet outil présenté dès 2004 par Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé. Il est d’ores et déjà possible de se rendre sur le site, qui permet à tous les volontaires de créer leur carnet en ligne, et de télécharger l'application mobile dédiée. « Gratuit, confidentiel et sécurisé », le DMP « conserve précieusement » les informations de santé du patient, libre de les partager avec son médecin traitant et « tous les professionnels de santé » de son parcours, explique l'Assurance maladie, chargée de la nouvelle mouture, testée depuis 2016 dans neuf départements, indique l’AFP. D'après elle, « le DMP est le seul service » qui permette de « retrouver dans un même endroit » son historique de soins des 24 derniers mois, ses antécédents médicaux (pathologie, allergies, etc.), ses résultats d'examens (radio, analyses biologiques, etc.), les comptes-rendus d'hospitalisation ou encore les coordonnées des proches à prévenir en cas d'urgence. Le DMP est tombé dans le giron de l'Assurance maladie en 2016, en vertu de la loi santé lancée par Marisol Touraine, alors ministre de la Santé. La première phase de développement a déjà permis de créer 550 000 DMP en 18 mois, jusqu'à mai 2018. En y ajoutant ceux de la décennie précédente, « plus de 1,2 million de DMP » étaient ouverts au début de l'été, selon l'Assurance maladie. C'est encore loin de l' »objectif de 40 millions de DMP ouverts d'ici à cinq ans » inscrit dans un accord entre l'Assurance maladie et l'Union nationale des professionnels de santé (UNPS). Les personnes pourront, cette fois, ouvrir elles-mêmes leur dossier en ligne ou auprès des agents des caisses d'assurance maladie, en plus des établissements de santé et des professionnels, pour lesquels l'Assurance maladie pourrait négocier « des mécanismes d'incitation » financière, comme elle l'a déjà fait avec les pharmaciens, qui toucheront un euro par DMP ouvert. En outre, c'est l'Assurance maladie qui y injectera automatiquement « l'historique des remboursements » des actes et des médicaments des deux dernières années. Côté patient, le DMP « n'est pas obligatoire et n'a aucun impact sur (les) remboursements », peut-on lire sur le site dmp.fr. « Seul » le médecin traitant « peut accéder à l'ensemble des informations », le patient pouvant bloquer les professionnels-les de son choix, ajouter ou masquer certains documents, ou tout bonnement supprimer son DMP, dont « les données seront conservées pendant dix ans ». Reste à voir si les hôpitaux et les cabinets médicaux disposeront de logiciels capables d'intégrer facilement des documents au DMP, et comment la protection du secret médical sera garantie, interroge l’AFP.