Le VIH n’est pas un crime !

1 Mars 2023
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Inspirantes. Deux femmes vivant avec le VIH sont en couverture du numéro de mars du magazine américain Poz. Leurs noms : Tami Haught et Kamaria Laffrey. Leur combat : la lutte contre la criminalisation de la transmission du VIH. Les deux activistes vont devenir, en juillet, les deux co-directrices du Sero Project, l’organisation dans laquelle elles militent depuis des années. Fondée en 2012 par Sean Strub (le créateur de Poz magazine, en 1994), Sero Project est une ONG qui vise à renforcer le leadership des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) pour mettre fin à la criminalisation du VIH, à l'incarcération de masse, au racisme et à l'injustice sociale. Tami Haught a été diagnostiquée séropositive en 1993, un jour avant son 25e anniversaire, et s'est depuis engagée dans la lutte contre le VIH dans l'Iowa, notamment en plaidant pour un financement accru du programme d'assistance aux traitements contre le VIH (ADAP), au milieu des années 2000, lorsque plus de 108 habitants-es de l'Iowa étaient sur la liste d'attente de l'ADAP pour accéder aux traitements contre le VIH. Kamaria Laffrey, originaire de Floride, a, elle, été diagnostiquée séropositive en 2003 et elle est devenue par la suite une militante locale. Elle a, entre autres, dirigé une coalition visant à décriminaliser le VIH dans son État et en 2017, elle a rejoint l’équipe de Sero Project. Haught et Laffrey ont du pain sur la planche. À l'été 2022, selon le Center for HIV Law and Policy (CHLP), 30 États disposaient encore de lois pénales spécifiques au VIH ou d'aménagements de peine applicables aux personnes vivant avec le VIH. Mais l’activisme et le plaidoyer pour mettre fin à ces lois n’est pas vain. Au cours de la dernière décennie, treize États ont réformé ou abrogé une ou plusieurs parties de leurs lois pénales spécifiques au VIH (le Texas, notamment, a abrogé sa loi pénale spécifique au VIH en 1994). En 2013, un groupe de travail de recherche sur la criminalisation du VIH financé par les Instituts nationaux de la santé a conclu que « les résultats d'études sur l'impact de ces lois suggèrent qu'elles ne font pas diminuer les infections au VIH et n'ont aucun autre impact positif sur la santé publique ». Une partie du travail des activistes de Sero Project consiste à essayer d'expliquer aux personnes qui ont contracté le VIH d'un-e partenaire qui savait qu'il ou elle était séropositif-ve, pourquoi elles ne devraient pas porter plainte en vertu des lois spécifiques au VIH. « Elles ont l'impression qu'un réel préjudice leur a été causé, et il faut les laisser avoir ce ressenti », déclare Tami Haught, qui a contracté le VIH par son mari, décédé des suites du sida en 1996. « Mais nous les encourageons à s'arrêter et à réfléchir avant d'agir, car beaucoup d'entre elles portent plainte et ont ensuite le sentiment d'avoir fait une erreur lorsqu'elles voient que l'affaire leur échappe avec les procureurs ». Et Laffrey d'ajouter : « J'ai connu des femmes qui pensaient : « Cette personne m'a transmis le VIH, et elle doit être arrêtée parce qu'elle ne m'a rien dit. Je leur demande de réfléchir aux implications de ces lois. Je leur demande : « Savez-vous que ces lois pourraient être utilisées contre vous ? ». Les différences entre l'exposition possible, l'intention et la transmission ne sont pas prises en compte. Cela pourrait bouleverser votre vie ». Indépendamment de ce que l'avenir leur réserve, les membres de Sero Project affirment tous que ce travail les a transformés-es. « Nous avons eu l'honneur de rencontrer des survivants de la criminalisation et, bien que ce travail puisse être épuisant sur le plan émotionnel, le fait de voir comment les survivants continuent à se battre contre des obstacles incroyables nous donne de la force ».