L’épidémie VIH en Russie

3 Juillet 2018
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C’est à peine croyable, mais une part non négligeable de l’opinion publique russe ne croit pas à l’existence d’une épidémie de VIH dans le pays. Et du côté de certaines autorités russes (pas celles de la santé), on jette le trouble et on laisse entendre que le VIH serait "utilisé comme un élément de la guerre d’information contre la Russie". En 2016, les dirigeants de l’Institut russe d’études stratégiques, organisme rattaché au Kremlin, avaient publié un rapport avançant que cette augmentation des cas serait du fait de l’industrie du préservatif intéressée à commercialiser ses produits et qui, pour ce faire, inciterait les jeunes à avoir des rapports sexuels précoces. Cette thèse (60 pages tout de même) apparaissait comme l’explication maladroite et assez farfelue d’une partie des pouvoirs publics à une situation épidémiologique qui s’emballe. Car il existe des données officielles russes, que Vadim Pokroski, directeur adjoint de l’Institut central d’épidémiologie, annonce régulièrement. En 2014, l’estimation était d’un peu plus de 900 000 personnes vivant avec le VIH. Le chiffre d’un million de personnes est désormais dépassé. C’est beaucoup, mais c’est surtout rapide. Le nombre de cas a ainsi doublé en un peu plus de cinq ans. Les explications sont nombreuses à cette augmentation que rien ne semble pouvoir contenir aujourd’hui. Qui est concerné par le VIH dans le pays ? Quels sont les facteurs qui expliquent cette augmentation forte et rapide ? Quelles politiques de prévention, de réduction des risques chez les personnes consommatrices de drogues sont-elles conduites ? Quel est l’accès aux traitements et aux innovations médicales ? Que faudrait-il faire pour renverser la tendance ? En amont du chat thématique animé par Diane-Seronet, mardi 3 juillet à partir de 21 heures, Tom Sawyer vous propose de visionner une vidéo (AFP 2015) qui résume la situation russe.

 

Commentaires

Portrait de Tom Sawyer

Ce chat thématique consacré à l'épidémie du VIH en Russie. Les échanges se sont articulés autour d'une courte vidéo https://www.youtube.com/watch?v=xQhbdTI5JcE traitant du sujet mais qui apporte des éléments intéressants, mais aussi des questions posées par Diane, l'animatrice du chat :
- pourquoi l'épidémie du VIH est si grave en Russie?
- comment expliquer que le nombre de cas ait doublé en un peu plus de cinq ans?
- une partie du gouvernement laisse régulièrement entendre que l'épidémie est inexistante ou en tout cas beaucoup plus faible qu'elle ne l'est en réalité. Pourquoi?
- la Russie fait partie des pays les plus discriminants au niveau de l'accès au pays pour les personnes vivant avec le VIH. Qu'est-ce que vous en pensez? (Selon le site du portail québécois sur le VIH : une attestation médicale peut être demandée à l'entrée du territoire, en fonction de la durée du séjour du visiteur (même si courte) voire en tous temps pour certains pays. Les retombées pénales de la non-déclaration du VIH restent floues mais nous déconseillons vivement de voyager - pour le moment - dans ces pays).
- quels sont les éléments qui entretiennent et propagent l'épidémie du VIH en Russie?

Dommage que peu de personnes aient pu assister et participer à ce chat thématique, dont moi notamment, car ce soir là les orages jouaient à cache cache avec moi, les petits coquins. Du coup vu la faible participation, j’ai complété le ce compte-rendu à l’aide de mes recherches et de lectures sur le net, arguments et points que j’aurai avancé si j’avais pu être présent.

cbcb
Mes parents sont allés en Russie (en touristes) pour leur 60 ans de mariage, je ne pense pas qu'on leur ait demandé quoique ce soit.
Je rigole, mais c'est sûr, en Russie, en Tchétchénie ... vaut mieux pas être séropositif, ni homosexuel. Je pense qu'ils (gouvernement, médecins) font comme si le sida n'existait pas. Comme dans beaucoup d'endroits, le VIH est dérangeant. Il n’y a pas longtemps j'ai regardé un documentaire sur la Tchétchénie.... rien que le fait d'être homo! Ils se font tabasser, torturer à mort. Alors le VIH, c'est pas vraiment dans leur culture. D'après la vidéo il y a de gros problème pour trouver des seringues neuves (pour les toxicos) heureusement que des bénévoles sont là pour distribuer du matos neuf et des préservatifs. Difficile aussi de faire des tests de dépistage incognito, et avec Poutine, ça risque pas de changer.
Très petit budget destiné au VIH dont 2 % pour l'information (je n'ai plus les chiffres en tête), sachant que bientôt un million de personnes devraient être contaminées. Et encore, c'est ce que l'on sait, allez savoir si dans la réalité, ce n'est pas encore plus.
Les homosexuels doivent malheureusement vivre dans la crainte de se faire dénoncer par un voisin, un membre de la famille.
Les personnes concernées ne peuvent pas en parler, ne peuvent pas se faire dépister, ne peuvent pas être correctement traitées et surtout pas d'information (quasiment très peu) au niveau des jeunes.
Comment améliorer la situation? Je ne sais pas. Vu comment tout se dégrade autour de nous. Tant que les autorités russes maintiendront et entretiendront ce climat de peur. Il faudrait un changement politique majeur. Le pire, c'est qu'il y a du travail en Russie, mais les salaires sont très bas ... et c'est tellement facile de maintenir une population avec l'argent. Après, il faut voir aussi l'histoire de la Russie. C'est un pays, un peuple qui a beaucoup souffert. J'ai vu des reportages sur Arte il y a un mois ou deux : à part dans les grandes villes, certains dans les campagnes n'ont pas l'eau courante, les personnes qui témoignent (des homosexuels en majorité) le font à visage couvert. Trop d'horreurs, trop d'ignorance, trop d'intolérance ... et pas si loin que ça de chez nous. Je ne comprends même pas que l'on ait accepté de faire la coupe du monde en Russie (avis personnel).

louplyonnais
Nous n'avons pas le droit d'entrer en Russie, à condition de ne pas déclarer sa séropositivité et de ramener en douce sa trithérapie.
Je peux parler d'entrer en Suisse où jamais un douanier se dérange pour moi alors que de jeunes lyonnais passent 2 heures à se faire fouiller et se mettre à poil.
La boisson et la drogue font des dégâts en Russie.

En conclusion je vous propose quelques extraits d'un article du net, qui explore et explique les différentes raisons de la situation catastrophique actuelle du VIH en Russie (http://www.slate.fr/story/130514/vih-sida-russie-silence).
On estime aujourd'hui à 1,5 millions le nombre de séropositifs en Russie, sur 140 millions d'habitants. Le taux d'infection augmente toujours entre 10 et 15% par an, soit un rythme de transmission comparable à celui des Etats-Unis dans les années 1980, lorsque la biologie du virus était mal connue et les antirétroviraux loin d'être découverts.  Il aura fallu attendre 1987 pour que l'URSS se dise officiellement touchée par le VIH et chiffre ses contaminés. Après la chute de l'Union Soviétique en 1991, les russes ont pu se procurer facilement l'héroïne et d'autres drogues injectables, le taux d'injections et de contaminations connaît alors une croissance exponentielle à partir de ce moment là. En 2014, le Centre fédéral russe de lutte contre le sida estime que 58% des contaminations sont dues à l'usage de drogues par voie intraveineuse, le reste relevant de la transmission sexuelle. Malgré ces statistiques alarmantes, le Kremlin refuse d'appliquer les stratégies de prévention idoines pour réduire la propagation de l'épidémie chez les usagers de drogues. Le recours aux traitements de substitution aux opiacées (TSO), où l'usage de drogues par intraveineuse est remplacé par un médicament opioïde (méthadone par exemple) administré par voie orale, une stratégie de prévention du VIH scientifiquement prouvée. Sauf que pour le gouvernement russe, les TSO consistent à remplacer  une addiction par une autre. Par conséquent les traitements de substitution aux opiacées deviennent illégaux en 1997 et passibles d'une peine maximale de 20 ans de prison. En Russie, le programme d'échange de seringues (PES) ne reçoit quasiment plus de subventions depuis 2010 à cause principalement de la hausse du niveau de vie en Russie, passée un temps dans la catégorie des pays à hauts revenus. Conséquence : le nombre de PES est passé de 80 à 10. Parmi les ex-républiques soviétiques, en Ukraine par exemple, la méthadone a été légalisée, le rhytme de propagation du virus a ralenti, notamment chez les jeunes usagés de drogues par voie intraveineuse, qui ont vu leur taux d'infection divisé par plus de 5 entre 2007 et 2013. Avec un nombre d'infections en hausse constante, le gouvernement s'est enfin décidé à agir et la Russie a officiellement exprimé son intention de mettre en oeuvre la toute dernière stratégie de lutte contre le VIH recommandée par l'OMS en 2015 c'est-à-dire "le traitement comme prévention". La Russie a également exprimé sa volonté d’augmenter la prise en charge des malades du SIDA et des séropositifs de 17 à 60%. Le ministère de la santé a promis une enveloppe supplémentaire de 315 millions de dollars dédiés à la lutte contre le VIH. Sauf que sans un recours généralisé aux TSO et un programme d'échange de seringues bien implanté dans le pays, la Russie aura du mal à freiner la progression de l’épidémie. Un autre frein : la Russie fait figure d'exception parmi les BRICS (les nouveaux pays émergents que sont le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud) quant au coût très élevé des antirétroviraux ( 2 à 3 fois plus élevé à la moyenne des pays à revenus moyens). D'autre part, la criminalisation de l'homosexualité s'est accompagnée d'une augmentation du nombre de cas de contaminations chez les hommes ayant des relations avec les hommes. Comme les campagnes de prévention et de sensibilisation à destination de ce groupe sont désormais interdites, les individus concernés ont de moins en moins recours au dépistage et évitent de se faire soigner par peur des discriminations. Conséquence : la prévalence du VIH chez les homosexuels est passée de 10% en 2012 (avant l'adoption de la loi interdisant l'homosexualité) à 22 % en 2015.

Merci une fois de plus de votre attention et de votre participation. Et bonnes vacances aux juilletistes.
Avant de se quitter, Diane, je souhaiterai proposer un chat thématique sur la signification des poules dans les rêves. Ne rigole pas, ce sont des choses qui arrivent !
Cordialement Tom.