Libérations sexuelles et révolutions visuelles

Mercredi 19 Juin 2019 - 20:00 au Jeudi 11 Juillet 2019 - 21:15
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La Cinémathèque française propose du 19 juin au 11 juillet  « une programmation de combat, abrasive et politique, pour remettre en pleine lumière les maudits et les bannis, ceux qui, caméra au poing, sont descendus dans l'arène filmer des sexualités trop longtemps restées dans l'ombre », expliquent les organisateurs-rices : Nicole Brenez et Stéphane Gérard. Au final : « un mois de cinéma enfiévré, trente séances révoltées, à l'assaut aussi bien des préjugés que des carcans esthétiques » qui mettra à l’honneur de nombreux créateurs-rices. « Faute de toute possible exhaustivité, en deuil même d'une quelconque exemplarité, nous avons pris le parti des combattants et des parias, celui des films les plus engagés tant politiquement qu'esthétiquement. Les films pour lesquels il a fallu aller en prison (Jonas Mekas pour Un Chant d'amour), ceux qui ont subi ou bravé la censure (Race d'Ep, Ixe, Baise-moi...), ceux dont les signataires ont dû rester anonymes pendant des décennies (Pink Narcissus), ceux qui ont provoqué la ruine de leurs auteurs (Salomé), ceux qui émergent à peine de l'oubli (André Almurò, José Rodrìguez Soltero, Frank Simon...), ceux qui ignorent superbement les circuits usuels de la visibilité (à peu près tous), ceux qui reviennent de chez l'ennemi (Tearoom), ceux qui n'espéraient rien pour eux-mêmes et tout pour autrui, bref tous ceux qui en raison de leur courage, de leur beauté, de leur énergie, ont défié leur époque et ainsi contribué à délivrer la nôtre », expliquent Nicole Brenez et Stéphane Gérard. Ces films luttent sur tous les fronts : tournés dans les manifestations de rue (Le Lézard du péril mauve et Ortie 14, Les Panthères roses, Collectif 360° et même plus), rendant compte de la force de la transphobie (L'Ordre des mots, Vos papiers), construisant des intersections avec les luttes féministes (Born In Flame), antiracistes (Charles Lofton), anti-impérialistes (Jean Genet raconté par Michèle Collery), ou de classes (Le Droit du plus fort), célébrant la fraternité (Tongues United) et l'amour (RV mon ami, Théo et Hugo dans le même bateau), même au cœur d'un combat contre une épidémie de sida qui n'en finit pas. Ces œuvres proposent une multitude de nouvelles esthétiques : élaborées à partir de représentations absentées ou refoulées (Kenneth Anger, Jack Smith, Farrah Diod) ou à l'assaut contre les prescriptions dominantes (Roger Jacoby, Gregg Bordowitz, William E. Jones). S'y entendent les récits de vies qui ne sont jamais racontées (Kiki), s'y révèlent les corps (Paradis perdu, Baby You're Frozen) et les sexualités (Équation à un inconnu, Holding) trop longtemps contraints à l'invisibilité, s'y épanouissent les unica (Chantal Akerman, Curt McDowell, Sothean Nhieim, Mathieu Morel), se déchaînent les archétypes (Jean Cocteau, Maria Klonaris & Katerina Thomadaki, Nagisa Ōshima, Angela Marzullo). Ces films et bien d’autres seront présentés un mois durant à la Cinémathèque française (51 rue de Bercy - 75012 Paris. M° Bercy, lignes 6 et 14). L’entrée unique est à 7 euros, mais un libre Pass (illimité) est proposé à partir de 10 euros par mois.
En parallèle, les salons d’exposition de la Mairie de Paris proposent à partir du 25 juin 2019 et pour trois mois une grande exposition inédite et gratuite : « Champs d’Amour » sur 100 ans de cinéma LGBT. Qu'ont en commun Tomboy de Céline Sciamma, La Loi du Désir de Pedro Almodovar, La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche et L'Inconnu du Lac d'Alain Guiraudie ?  En plus d'être tous les quatre des films excellents, ils mettent en lumière la pluralité, la diversité et la beauté des orientations sexuelles et des genres. Pendant 50 ans, le cinéma homosexuel est resté dans l'ombre. En juin 1969, les émeutes de Stonewall marquent le début du mouvement de libération gay et lesbien et amènent avec eux des films engagés et sans tabou. La nouvelle exposition gratuite de l’Hôtel de Ville de Paris rend hommage à tous ces films. Intitulée « Champs d'Amours, 100 ans de cinéma arc-en-ciel », elle revient sur cent ans de cinéma et de révolution des mœurs, à travers plus de 100 extraits de films, des affiches, des scénarios, des photos et des archives inédites. Comédies populaires, documentaires, biographies, films rares et militants, histoires d’amour du monde entier... L'exposition invite à découvrir les révolutions culturelles, sensuelles et sexuelles du siècle passé, alors qu'on célèbre cette année les 50 ans des émeutes de Stonewall, du 25 juin au 28 septembre 2019 à l'Hôtel de Ville (place de l'Hôtel de ville - 75004 Paris). Entrée gratuite.