Médicaments : plus de transparence !

13 Novembre 2019
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La transparence dans les politiques du médicament mobilise des organisations non gouvernementales (1), mais aussi des personnalités et pas seulement du monde de la santé. Le 5 novembre dernier, Bertrand Burgalat (compositeur), Caroline Mécary (avocate), Christian Andréo (militant associatif), Didier Fassin (sociologue), Édouard Louis (écrivain), Eric Fassin (sociologue), Gwen Fauchois (activiste et blogueuse), Hugues Charbonneau (producteur de films), Jean-Luc Romero-Michel (conseiller régional d'Île-de-France), Jérôme Martin (activiste), Océan (comédien), Thomas Piketty (économiste), Louis-Georges Tin (fondateur de l'IDAHO)… ont cosigné une lettre ouverte publiée sur Mediapart adressée au Premier ministre Édouard Philippe sur cette question. Cette initiative est conduite par une « coalition inédite de praticiens hospitaliers et d'urgentistes — mobilisés pour la défense de l'hôpital public, dont Christophe Prud'homme et le collectif Inter-Urgences, du membre de l'académie de médecine Alfred Spira, de chercheurs-euses en santé publique (…), de victimes de scandales sanitaires et de militants de l'accès à la santé, aux côtés d'organisations de lutte contre le diabète, contre le sida, et contre la corruption et ainsi que de syndicats de chercheurs de l'industrie pharmaceutique », explique la militante pauline Londeix sur son blog. Cette action vise à interpeller le Premier ministre et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, sur la transparence dans les politiques du médicament », ce qui n’est absolument pas le cas actuellement. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2020 sera présenté au Sénat (dans la semaine du 11 novembre). « Lors de la lecture du texte à l'Assemblée nationale, le jeudi 24 octobre, le gouvernement s'est opposé à tous les amendements demandant la transparence », rappellent les signataires. Et les signataires d’expliquer : « À l'Assemblée nationale, le gouvernement s'est opposé à des amendements visant à concrétiser un engagement pris par la France auprès de l'Assemblée mondiale de la santé : assurer la transparence sur les prix des médicaments et des produits de santé. Ces amendements demandent la collecte, la mise en relation et la publication d’informations indispensables : les prix, y compris les volumes, les marges des intermédiaires, les contributions financières à la recherche et au développement, dont les financements publics, tout comme les informations sur les brevets, sur les alternatives génériques, y compris hors Union européenne, sur l’origine de la matière première et des principes actifs. Ces informations sont essentielles pour négocier les prix et identifier les produits que notre système de santé paie deux fois, une première fois à travers les contributions publiques en recherche et développement, puis par les remboursements de l’Assurance maladie », explique la lettre adressée au gouvernement. « L’avis défavorable du gouvernement à ces amendements est incompréhensible et n'est pas tenable politiquement », expliquent les signataires puisqu’il « revient à défendre l'opacité et à vous opposer à une exigence démocratique forte ». « C'est le reniement d'un engagement français pris devant l'OMS (Organisation mondiale de la santé) », dénoncent également les signataires. Le courrier dénonce aussi les arbitrages financiers faits par le gouvernement dans ce champ. « À titre d'exemple, depuis dix ans, le laboratoire Sanofi, dont l’État est déjà un grand financeur à travers les remboursements de l’Assurance maladie (561 millions d'euros en 2017), reçoit annuellement 150 millions d’euros de soutien public à la recherche. Cela représente le double de ce que le gouvernement a consenti en juin dernier aux services d'urgences après une grève de plusieurs mois. Dans la même période, Sanofi a supprimé 2 814 postes de chercheurs, breveté des molécules découvertes grâce au soutien public, prolongé indûment des brevets existants depuis longtemps si bien que les monopoles illégitimement acquis lui donnent la possibilité de fixer des prix exorbitants. Comment pensez-vous expliquer à nos concitoyens-nes (…) que 150 millions d'euros annuels de soutien à la recherche sont utilisés pour licencier des chercheurs, que ce fait a été documenté par les associations et non les services de l'État, et que vous refusez de faire la lumière de façon générale sur ces pratiques ?», dénoncent les signataires. Dans leur lettre, les signataires demandent au gouvernement de « concrétiser un engagement international qui vise à la transparence », notamment en soutenant « les amendements sur la transparence au Sénat ».

(1) :  Act Up-Basel, Act Up-Paris, Anticor, CGT Sanofi, Collectif les irrécupérables, Diabète et méchant, Élus locaux contre le sida (ELCS), Inter-urgences, Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament (OTMeds), ONG Santé diabète, SUD Chimie Montpellier, la revue Vacarme, etc.