Minimas sociaux à la hausse pour quelle qualité de vie ?

24 Octobre 2017
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Le gouvernement a annoncé une augmentation de 90 euros de l’AAH… en deux fois : 50 euros en novembre 2018 et 40 euros en novembre 2019. L'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) doit, elle aussi, augmenter. Certaines augmentations sont des promesses de campagne, d’autres des revalorisations habituelles (celles du 1er avril, par exemple) destinées à prendre en compte l’augmentation du coût de la vie. Du côté politique, on se satisfait des annonces. Du côté des bénéficiaires, il n’y a pas de quoi ouvrir le champagne car ces minimas sociaux maintiennent les personnes qui les perçoivent sous le seuil de pauvreté… elles sont plusieurs millions en France. Entre 2004 et 2014, il y a eu entre 950 000 et 1,2 million de personnes de plus sous le seuil de pauvreté. Qu'en est-il pour vous ? Etes-vous bénéficiaire de minimas sociaux ? Quelle qualité de vie vous permettent-ils ? Que faudrait-il faire pour que le système soit plus égalitaire ? Quelles sont vos solutions concrètes, vos idées... C’est autour de ces questions que Diane-Seronet animera le chat thématique mardi 24 octobre, à partir de 21 heures.

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Portrait de Diane-seronet

Mardi 24 octobre, une demie douzaine de séronautes étaient au rendez-vous pour échanger autour de la thématique des minimas sociaux : qu’est-ce qui existe ? à quel montant ? Est-ce suffisant ? Et si non, comment imaginer un meilleur système ?

 

Et l’insertion sociale ?

Et pour lancer les discussion, un participant un peu en avance a déroulé un argumentaire intéressant : «  Concernant les minimas sociaux, j'ai quelque expérience perso (20 ans de bataille ...) et je trouve qu'au delà de la précarité constante, le plus dur est à vivre est de loin l'exclusion sociale, à savoir la perte de fonction sociale, de réseau professionnel, parfois amical, familial, etc, provoquant un isolement extrêmement pénible dans lequel le système nous plonge. C'est avec intérêt que j'entends parler de revenu universel et bien que je trouve légitime de ne pas imposer de condition liée au versement du R.S.A (ou de la future allocation de revenu universel, on l'espère), il serait bien de réfléchir à proposer tout ce qui peut resocialiser le "désinséré", sans que la visée soit autoritaire. Car, pour que pour que "le système soit plus égalitaire", il faudrait d'abord abattre la notion d'inutilité sociale qui justifie l'aumône (R.S.A). »

 

Des exemples hors de France

Pour revenir à des considérations plus matérielles, un autre séronaute évoque le cas d’un pays voisin où la situation ne semble guère plus reluisante : « je suis belge, c'est un peu différent chez nous mais on peut aussi toucher un minimum garanti, très minime d'ailleurs, un minimum honteux ! […] il vaut mieux avoir travaillé beacoup avant de tomber malade, j'ignore même comment on peut vivre avec ce seul minima, c'est une drôle de plaisanterie ... » À titre de comparaison, en Belgique, le Revenu d’intégration sociale se monte à 850 euros maxi, contre 535 euros pour sont équivalent, le RSA français. Des chiffres à mettre en perspective avec le seuil de pauvreté, défini à 115 euros par personne et par mois outre-Quiévrain, et à 1008 euros en France. Insuffisant, donc, mais, précise ce même séronaute « certains retraités ont moins », et un autre de renchérir « certains ont vraiment besoins parce que la tête ne suit plus et on est pas tous égaux face aux tri, mais ce qui me choque c'est quand ça doit dépasser la retraite de quelqu'un qui a travaillé toute sa vie ». Un argument qui sera repris plus tard par un-e autre séronaute : « il faut aussi rappeler que beaucoup de personnes qui travaillent ont à peine plus, en Allemagne des gens doivent travailler très très longtemps pour avoir peu. »

 

Handicap et minimas

S’agissant de l’AAH spécifiquement (Allocation adulte handicapé-e, d’un montant de 810,89 euros à l’heure actuelle, et que le projet de loi de finances pour 2018 prévoit de revaloriser à 860 € en 2018 et à 900 € en 2019, toujours nettement en–dessous du seuil de pauvreté), elle a ses limites, notamment en cas de cohabitation avec un-e conjoint-e dont les revenus devront alors être plutôt modestes (et rentreront en ligne de compte dans le calcul de ce qui revient au bénéficiaire de l’AAH, accroissant parfois des situations de dépendance problématiques), mais aussi dans le temps, puisqu’on ne peut en bénéficier que pendant 20 ans. Un-e des participant-e-s s’interroge : et après la retraite ? En effet, depuis le 1er janvier 2017, les personnes en situation de handicap, qui perçoivent l’AAH avec un taux d’incapacité d’au moins 80% peuvent continuer à la percevoir au-delà de l’âge légal de la retraite sans avoir à demander préalablement l’Aspa (Allocation de solidarité aux personnes âgées). Mais attention ! « Cette mesure de simplification s'applique donc aux personnes qui auront 62 ans en 2017, mais pas à celles qui ont un taux d'incapacité compris entre 50 % et 79 % (même si elles ont 62 ans en 2017). Le versement de leur AAH prendra fin à l'âge de la retraite et elles seront soumises au régime de retraite pour inaptitude. » Face à ces nopmbreuses restrictions, un-e des participant-e-s s’inquiète : « il me reste 2 ans après je sais pas quoi faire ». Un-e autre explique « j'ai fait la demande de reconnaissance pour faciliter mon embauche sans quoi, c’est galère pas le bon prénom, noire, VIH, j'ai regroupé en moi tout ce qui crispe mais c'est comme ça… ». La reconnaissance dont il est question, la RQTH, c’est à dire reconnaissance de la qualité de travailleur-euse handicapé-e peut donner droit à des aides pour les entreprises qui embauchent ces personnes, « mais après pour progresser c'est compliquer » précise ce-tte participant-e qui poursuit « je me suis fait assez d'expérience et je pense si je dois chercher un travail je prendrais en compte les 2 options AVEC ou SANS RQTH ». Quant à la controversée revalorisation (de 90 euros) de l’AAH, à laquelle on a reproché de piocher dans les pénsions d’invalidité, c’est à dire de déshabiller Pierre pour habiller Paul, peu s’attardent dessus, soit qu’ils et elles ne sont pas conerné-e-s

 

Comment (sur)vivre avec ces minimas ?

Un des participant s’interroge « Je ne vois pas comment on peut assumer longtemps un tel statut ... mon ami avait ce statut en Suisse, il vivait simplement et je l'aidais bien sur […] je pense vraiment que lorsqu'on est en difficulté, il faut être en couple, ça facilite vraiment les choses. » Mais ça en fait pas l’unanimité : « moi je suis pas prêt pour vivre en couple pour juste faire des économies » rétorque ainsi un-e séronaute.  Hors du couple point de salut ? « Il y a des systèmes de survie mais vaut mieux ne pas y être confronté » reprend le premier.  Pourtant c’est le même qui assure « on s'habitue à très peu, quelqu’un de désocialisé a peu de besoins, dépense forcément peu, connait des filières, etc… mon ami avait une gestion terrible et s'accommodait de très peu, disons qu'il faut au moins avoir un toit, pour le reste, il me semble qu'on peut se débrouiller, c'est mon expérience, avec mon ami et une personne que je connais à Liège. Je n'ai pas dit que c'est "bien", mais ils ne mendient pas. » Un autre séronaute relativise « je pense aussi que cela dépend de la ville où on vit car 535 euros à Aubusson ou à Paris ce n'est pas la même chose, c'est pire pour une personne vivant dans une grande ville. » Et effectivement, la qualité de vie à laquelle on peut aspirer avec les minimas sociaux dépend aussi de l’endroit où l’on habite, et un autre séronaute le confirme « certainement, je vis à la campagne, j'ai ma maison, j'économise sans problème […]si on n'a pas sa maison, par héritage ou autre, c'est compliqué ». Et si certaines personnes peuvent prétendre à des aides au logement qui les aident à régler leur loyer, « c'est vrai que l'électricité et le transport représentent beaucoup dans le budget des personnes ». Si l’on ajoute à cela l’alimentation et les télécoms (internet et téléphone), l’addition grimpe vite, et il devient compliqué de s’offrir plaisirs ou conforts. « De toute façon, être malade et être fauché, c'est de plus en plus incompatible, c'est une sorte de fatalité, je suis même persuadé que la pauvreté hypothèque l’espérance de vie, c'est évident » conclut un séronaute.

 

Vers un système plus égalitaire ?

Face au constat selon lequel ces minimas sont insuffisants pour vivre correctement, il y a une bonne dose de fatalisme chez les participant-e-s : « la pauvreté semble s'accentuer de plus en plus, ... c'est mon impression, mais je suis pessimiste » explqiue ainsi un séronaute « nos politiques sont très conscients de tout ca, on manifeste souvent en Belgique, les mesures semblent toujours plus restrictives mais ne touchent jamais les sociétés, ni les fortunes, c'est une volonté politique, apparemment… ». Un autre entrevoir tout de même un début de solution : « ça va être compliqué de donner tout compris avec le minima quelque chose qui serait supérieur à celui qui se lève pour aller bosser, maintenant on peut aider plus en réduisant le cout du transport, la santé, le logement afin de permettre aux personnes de vivre ».