Orban abuse de l'état d'urgence

12 Avril 2020
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Alors que le pays se trouve en état d'urgence à durée illimitée du fait de l'épidémie de Covid-19, une loi, adoptée fin mars, permet au Premier ministre hongrois, Viktor Orban, de légiférer par ordonnances. L'opposition hongroise est vent debout contre le texte, indique l'AFP. En Hongrie, mais aussi à l'étranger, ce nouveau texte est vu par ses détracteurs comme un instrument destiné à cimenter le contrôle du gouvernement national-conservateur, en prenant la pandémie comme prétexte. Et ce n'est pas un procès d'intention. En effet, une des premières ordonnances envisagées par Viktor Orban met particulièrement en danger les droits des personnes transgenres. Le gouvernement prévoit, en effet, de mettre fin dans le pays à la reconnaissance légale du genre pour le personnes trans. Le projet vise à supprimer la distinction entre sexe et genre, indique l'AFP. Il redéfinit le sexe comme « le sexe biologique fondé sur des caractéristiques sexuelles et des chromosomes ». Comme l'expliquent des médias, si le projet est adopté par le Parlement hongrois, il sera seulement possible d'inscrire le « sexe biologique de naissance » sur l'état civil, sans possibilité de modification. Le projet met donc en danger la procédure de changement d'état civil des personnes trans, qui permet de modifier son prénom et son identité de genre sur ses papiers. «Les personnes transgenres ont le droit à la reconnaissance légale de leur genre par auto-détermination», a dénoncé Dunja Mijatovic, commissaire européenne aux droits de l'homme. La Commissaire, d'origine hongroise, demande au Parlement hongrois de ne pas adopter cette éventuelle loi qui serait contraire à la jurisprudence de la Cour Européenne des droits de l'homme. « Cette attaque envers la communauté trans est scandaleuse et délibérée. Depuis 2016, les procédures de changement d'état civil sont volontairement retardées (...) Cette décision ne vise pas seulement à faire taire les personnes trans. Elle nie leurs identités et leurs existences », s'est insurgé Marc-Angel Mep, le co-président du groupe LGBTI au Parlement européen, indique l'AFP. Pour Tamás Dombos, membre du conseil de l'Alliance hongroise LGBT, citée par Slate.fr : « Une telle mesure obligerait les personnes trans à vivre avec des papiers qui ne correspondent pas à leur véritable identité et à leur apparence… Cela les expose à de potentielles discriminations en matière d'emploi, de logement, d'accès aux biens et aux services, et de procédures officielles ». la loi contre les personnes trans n'a pas été votée, à ce jour, mais celle instaurant un état d'urgence à durée illimitée et la possibilité de légiférer par ordonnances, a été adoptée par 137 votes pour, tandis que 53 députés-es ont voté contre. Cette loi instaure aussi jusqu'à cinq ans de prison pour la diffusion de « fausses nouvelles » sur le virus ou les mesures du gouvernement, alors que les rares médias indépendants du pays font régulièrement l'objet de telles accusations. Les nouvelles dispositions permettent au dirigeant hongrois de prolonger indéfiniment l'état d'urgence en vigueur depuis le 11 mars, sans demander l'aval du Parlement.