Patient zéro, enfin identifié ?

12 Février 2021
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Et si le « coupable idéal » était en réalité une victime ? Aux États-Unis, les médias américains avaient propagé une théorie selon laquelle, Gaëtan Dugas, un steward québécois travaillant pour Air Canada, était le « patient zéro » (le premier patient qui lance une épidémie) et la première personne ayant été infectée par le VIH dans le pays. Dugas a été infecté en juin 1980 et a été accusé d’être à l’origine de l’épidémie de VIH aux États-Unis, les médias pointant du doigt son homosexualité et son nombre de partenaires. En réalité, cette fable, teintée d’homophobie, était fausse et des études ont montré que les origines du VIH remontaient à plusieurs décennies avant l’infection de Gaëtan Dugas. Dans son livre Aux origines du sida, Enquête sur les racines coloniales d'une pandémie (paru en 2011, puis réédité 2019 dans une version révisée), Jacques Pépin, infectiologue et épidémiologiste à l’Université de Sherbrooke au Canada, explique comment la guerre, la famine et le colonialisme seraient à l'origine de la propagation du VIH dans les années 50. D’après les travaux de recherche du professeur Pépin, c’est le virus de l’immunodéficience simienne (SIV) des chimpanzés qui serait à l’origine du VIH quand le SIV s’est transmis à un chasseur au début du 20e siècle dans la partie sud-est du Cameroun. Le virus se serait ensuite propagé à Léopoldville, actuellement connue sous le nom de Kinshasa, au Congo. Cette théorie est étayée dans la première édition du livre Aux origines du sida, sortie en 2011. Dans la version révisée du livre sortie en 2019, le professeur explique que le « patient zéro » ne serait pas un chasseur comme indiqué auparavant, mais plutôt un soldat de la Première Guerre mondiale qui aurait chassé des chimpanzés en 1916 pour se nourrir à cause de la famine. « Mon hypothèse est que l’un des soldats a été infecté en chassant dans la forêt. Un chimpanzé a été tué et en coupant l’animal pour le ramener, l’homme a vu une de ses blessures infectée par le virus », a-t-il expliqué dans un entretien avec le Daily Mail. Le professeur Pépin pense qu’en revenant à Léopoldville après la guerre, le soldat a commencé à transmettre le virus à d’autres personnes de la capitale de la colonie belge. Selon lui, ce cas unique de 1916 aurait conduit à l’infection d’un demi-millier de personnes vers le début des années 50, principalement à cause de la réutilisation d’aiguilles souillées dans les hôpitaux, une situation qui a résulté d’un manque de ressources et de matériels de désinfection. Au moment de l’indépendance du Congo en 1960, de nombreuses personnes migrantes se sont réfugiées à Léopoldville, ce qui a conduit à une croissance exponentielle du nombre de ses habitants-es. D’autre part, la pauvreté et la prostitution ont facilité une propagation rapide du VIH dans la ville, puis au-delà.