Phagothérapie contre les bactéries pathogènes

29 Mai 2022
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L’antibiorésistance constitue aujourd’hui un défi majeur de santé publique, associé à une mortalité importante, explique un communiqué de l’Inserm. Alors que faire ? Les bactériophages,  des virus « tueurs » de bactéries, pourraient constituer une solution afin de lutter contre les pathogènes résistants aux antibiotiques. Problème : leur développement clinique se heurte à plusieurs obstacles. Pour lever les freins, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm, Université Sorbonne Paris Nord et Université Paris-Cité au sein du laboratoire IAME, en collaboration avec des scientifiques de l’Institut Pasteur et de l’AP-HP, ont développé un modèle qui permet de mieux prédire l’efficacité de la phagothérapie. Cette méthode pourrait être utilisée pour mettre au point des essais cliniques plus robustes. Les résultats de ces travaux ont été publiés dans la revue Cell Reports. Chacun-e a en tête que la découverte des antibiotiques a révolutionné l’histoire de la médecine au 20e siècle. Elle a permis de lutter efficacement contre des bactéries pour lesquelles il n’y avait jusqu’alors pas de traitement. Reste que l’âge d’or a pris fin et que des bactéries sont devenues résistantes résistantes aux antibiotiques suite à une utilisation massive et répétée de ces médicaments. Le phénomène est tel que c’est aujourd’hui « un problème de santé publique majeur au cours des dernières décennies », note l’Inserm. On impute aux bactéries résistances quelque 700 000 décès annuels dans le monde. Parallèlement, la découverte de nouveaux agents antibactériens stagne depuis plusieurs années. Dans ce contexte, la phagothérapie suscite un regain d’intérêt. « Cette approche thérapeutique se fonde sur l’utilisation de bactériophages qui ciblent et détruisent les bactéries pathogènes, mais sont incapables d’infecter l’être humain ». En gros, on organise une bataille de microbes : elle se fonde sur la destruction de bactéries pathogènes par des virus mortels pour ces dernières, mais incapables de nous infecter. La difficulté est que le développement clinique de ce concept a été entravé par plusieurs limites.  Et l’Inserm d’expliquer : « Contrairement aux médicaments « classiques », les bactériophages sont des produits biologiques complexes, dont l’action dans l’organisme, la dose optimale ou la voie d’administration la plus efficace sont difficiles à étudier et à anticiper ». Pour lever certains de ces obstacles, les équipes de recherche ont « développé un nouveau modèle mathématique qui permet de mieux définir les interactions entre les bactériophages et la bactérie pathogène Escherichia coli chez l’animal et d’identifier les paramètres clés qui conditionnent l’efficacité de la phagothérapie ». « Dans cette étude, nous proposons une nouvelle approche pour rationaliser le développement clinique de la phagothérapie, qui connait encore à l’heure actuelle des limites. Notre modèle pourrait être réutilisé pour prédire l’efficacité de n’importe quel bactériophage contre la bactérie qu’il cible, dès lors qu’un nombre limité de données in vitro et in vivo sont disponibles sur son action. Au-delà de la phagothérapie, le modèle pourrait aussi être utilisé pour tester des thérapies anti-infectieuses fondées sur l’association entre bactériophages et antibiotiques », indique Jérémie Guedj, principal investigateur, dans le communiqué de l’Inserm.