"Pour un monde sans sida : démédicalisons !"

4 Avril 2018
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A l’occasion de la 9e conférence internationale francophone VIH/hépatites (Afravih) qui réunit chercheuses et chercheurs, médecins, actrices et acteurs associatifs du monde francophone du 4 au 7 avril 2018 à Bordeaux, Coalition PLUS lance la campagne : "Pour un monde sans sida : démédicalisons !" "Démédicaliser pour éliminer l’épidémie de VIH/sida, cela peut sembler paradoxal", explique un communiqué (29 mars) de Coalition PLUS. Pourtant, c’est une stratégie que recommande l’Organisation mondiale de la santé pour rendre le dépistage et les traitements plus accessibles, et ainsi rompre la chaîne des nouvelles infections. Selon les données pour 2016, 30 % des 36,7 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde ignoraient leur statut sérologique et 43 % des personnes vivant avec le VIH diagnostiquées n’avaient toujours pas accès à un traitement antirétroviral, rappelle Coalition PLUS. On sait qu’avec un traitement efficace, une personne infectée ne transmet plus le virus et peut rester en bonne santé.
De quoi s’agit-il ? Concrètement, la "démédicalisation consiste à autoriser du personnel non médical, mais rigoureusement formé, à effectuer certains actes biomédicaux simples, tels que le dépistage rapide du VIH, l’administration du traitement post-exposition ou encore la dispensation du traitement anti-VIH aux personnes diagnostiquées les plus stables. C’est également élargir aux infirmières et infirmiers le droit de prescrire ou renouveler des traitements et permettre à du personnel associatif de les distribuer. Cette stratégie est tout particulièrement utile dans des pays peu voire mal dotés en médecins. Comme le rappelle Coalition PLUS, la "démédicalisation a largement fait ses preuves d’efficacité, mais elle n’est pourtant pas mise en œuvre de manière systématique dans tous les pays alors que le sida continue de tuer un million de personne chaque année". Pour Coalition PLUS : "Il est urgent que cela change". Et la coalition d’illustrer la situation actuelle. "En Afrique du Nord, de l’Ouest et du Centre, où moins de 60 % des personnes infectées connaissent leur séropositivité, le dépistage démédicalisé n’est autorisé que dans six pays sur vingt-neuf. Pourtant, il pourrait changer la donne comme le prouve le projet pilote mené dans quatre villes marocaines par l’Association de lutte contre le sida (ALCS), membre de Coalition PLUS : 68 % des personnes dépistées dans ce cadre par des agents de santé communautaires n’avaient jamais fait le test VIH auparavant. Coalition PLUS entend profiter de la conférence Afravih pour lancer un "Appel à la démédicalisation pour un monde sans sida". "Nous appelons les médecins de tous les pays à apporter leur soutien au principe de la délégation des actes VIH les plus simples à nos intervenants associatifs. Ce n’est qu’avec eux que les stratégies éprouvées de démédicalisation pourront se mettre en place à l’échelle mondiale et que nous pourrons faire efficacement barrage à l’épidémie", souligne la professeure Hakima Himmich, Présidente de Coalition PLUS, dans le communiqué de l’association. "Nous, les médecins, ne sommes pas assez nombreux pour faire face à l’ampleur de la tâche, explique la docteure Bintou Dembélé, administratrice de Coalition PLUS et directrice de l’association malienne Arcad-sida, membre fondateur de Coalition PLUS. C’est pourquoi nous devons d’urgence mobiliser les communautaires, en particulier pour servir les populations marginalisées et couvrir les besoins dans les territoires actuellement délaissés". Coalition PLUS estime que "la démédicalisation présente un double avantage. D’une part, pallier la pénurie de médecins et le manque de structures sanitaires dont souffrent nombre de pays, en particulier en Afrique subsaharienne. D’autre part, atteindre les populations les plus exposées au risque d’infection qui, en raison de discriminations dont elles font l’objet et des répressions qu’elles subissent, vivent dans la clandestinité et ne se présentent pas spontanément dans les hôpitaux et dispensaires pour se faire dépister ou soigner. C’est une stratégie qui permet en outre d’optimiser les ressources financières allouées à la lutte contre le VIH/sida, alors que celles-ci viennent à manquer : faire mieux et davantage avec les moyens existants". Pour être complètement efficace, cette stratégie doit être complétée de la "baisse du prix des médicaments" et de la "mobilisation des financements domestiques et internationaux". Autrement dit, la démédicalisation est "l’un des trois grands leviers à activer d’urgence pour accélérer la riposte au sida et venir à bout de l’épidémie !"