Prep en Afrique de l’Ouest

7 Juin 2021
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En prise quotidienne ou à la demande, la Prep a permis de réduire les nouvelles contaminations par le VIH dans une étude de cohorte conduite dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest pendant deux ans et demi chez près de 6 00 hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), indique un communiqué de l’ANRS | MIE. En outre, l’utilisation de la Prep ne s’est pas accompagnée d’un « relâchement » des comportements sexuels et d’une augmentation des autres infections sexuellement transmissibles. Les résultats de cette étude ont été publiés dans The Lancet HIV, le 25 mai 2021. Côté contexte, si la prévalence du VIH est relativement faible dans la population générale en Afrique de l’Ouest (1,4 %), elle est élevée parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH). Elle est estimée à 13,3 %. Dans la palette des outils de prévention, l’OMS recommande depuis 2014 la mise à disposition de la Prep. À l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays et territoires, la Prep connaît des difficultés dans son déploiement en Afrique. Ce déploiement se heurte à différents obstacles : coût, accès aux soins, stigmatisation… C’est dans ce contexte qu’a été développé et mené le projet ANRS-CohMSM-PrEP. Coordonnée par le Dr Christian Laurent, directeur de recherche à l’IRD au sein de l’unité de recherche mixte internationale TransVIHMI (IRD, Inserm, Université de Montpellier) et par la Dre Bintou Dembélé Keita, directrice de l’association Arcad Santé PLUS au Mali (membre de Coalition PLUS), cette recherche a évalué l’acceptabilité de la Prep à la demande ou en continu, l’évolution de l’incidence du VIH, les modifications des comportements sexuels et de la prévalence des IST bactériennes chez les HSH au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Mali et au Togo. Ce projet est dans le prolongement de l’étude de cohorte ANRS- CohMSM, démarrée en 2015, qui s’intéressait aux mesures de prévention n’incluant pas la Prep. L’équipe de recherche a inclus 598 hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes majeurs ayant un risque élevé d’être infectés par le VIH, entre novembre 2017 et avril 2020, dans quatre cliniques communautaires à Abidjan, Bamako, Lomé et Ouagadougou. Ces personnes ont été suivies pour une durée totale de 743,6 personnes-années. Des visites médicales régulières étaient programmées, ainsi que des entretiens avec des pairs-éducateurs. À l’inclusion dans l’étude, 74,4 % des participants ont choisi la Prep à la demande, contre 25,6 % la Prep en continu. Tous avaient le choix de changer le mode de prise à leur convenance au fur et à mesure de l’étude, rappelle l’ANRS | MIE. La Prep en continu était notamment préférée par ceux qui avaient un nombre élevé de partenaires sexuels. « Globalement, indique la docteure Bintou Dembélé Keita, cela montre que ces options sont complémentaires et toutes deux devraient être proposées dans les programmes de prévention. » Au fil de l’étude, 17 participants sont devenus séropositifs au VIH, portant l’incidence de l’infection à 2,3 pour 100 personnes-années. En comparaison, elle s’élevait entre 15,4 et 16 pour 100 personnes-années pour les HSH ne prenant pas la Prep dans de précédentes études au Nigéria et au Sénégal. L’incidence relevée par l’étude ANRS-CohMSM était de 10,0 pour 100 personnes-années, souligne le communiqué. L’observance à la Prep n’était, en revanche, considérée comme optimale que pour 41,2 % des participants du groupe « prise à la demande », contre 71,1 % pour le groupe « prise en continu ». « De plus, on a observé une réduction globale de l’utilisation de la Prep au cours du suivi dans les deux groupes. Ces résultats sont inquiétants, car on sait que l’observance est un facteur essentiel de l’efficacité de la Prep », a indiqué le Dr Christian Laurent. La fréquence des rapports sexuels anaux sans préservatif est restée stable tandis que le nombre de partenaires sexuels masculins et le nombre de rapports sexuels avec un partenaire occasionnel ont même diminué au cours du suivi. En outre, les prévalences de la gonorrhée, de la chlamydiose et de la syphilis sont restées stables. En revanche, l’équipe de recherche a constaté que, malgré l’implication de pairs-éducateurs, 26,6 % des personnes suivies ont été perdues de vue, après un suivi médian de 6,3 mois. « Retenir les personnes qui ont besoin de la PrEP dans le système de soins sera un vrai défi pour les futurs programmes de prévention », a souligné la Dre Bintou Dembélé Keita. L’étude rapporte un risque limité de résistance aux antirétroviraux : seul un participant infecté pendant le suivi avait une résistance à l’une des deux molécules de la Prep et il n’était pas possible de déterminer s’il avait été infecté par un virus résistant ou s’il avait développé la résistance en raison de la Prep. Au total, cette étude de démonstration de la PrEP en Afrique de l’Ouest est encourageante. « Cet outil devrait être déployé rapidement dans les programmes de prévention en Afrique de l’Ouest. Cependant, une attention devra être donnée à la bonne observance à la PrEP pour qu’elle puisse atteindre pleinement son potentiel », concluent les auteurs-rices.