Prep en Afrique du sud

20 Septembre 2020
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Les personnes qui commencent la Prep en Afrique sub-shararienne arrêtent souvent de la prendre au bout d’un certain moment, rapporte le site d’infos aidsmap. Une équipe de chercheurs-ses de l’Université de Witwatersrand en Afrique du Sud menée par Kate Bärnighausen a interrogé d’anciens-nes usagers-es de Prep vivant en Eswatini (ex Swaziland) pour connaitre les raisons de ces arrêts. L’Eswatini est un pays en Afrique du Sud qui compte une population de 1,1 million d’habitants-es et une incidence du VIH de 27,2 %, soit un des pays les plus touchés par l’épidémie de VIH en Afrique subsaharienne. Les chercheurs-ses ont interrogé 27 personnes qui ont arrêté de prendre la Prep, dont 19 femmes. Les raisons principales de ces arrêts étaient des difficultés à se rendre aux rendez-vous de suivi, l’appréciation subjective de la notion de nécessité de prendre la Prep, et pour certaines femmes l’opposition de leur conjoint à cet outil de protection. Le coût du traitement n’était pas mentionné compte tenu du fait que la Prep est remboursée intégralement en Eswatini. Si on entre plus dans le détail des réponses, on constate que plusieurs des participants-es ont déclaré arrêter et reprendre la Prep en fonction des changements de partenaires et notamment si la personne était jugée « infidèle » : « Si je trouve quelqu’un avec qui me mettre en couple et qu’il n’est pas fidèle ou si je suis moi-même infidèle alors je reprendrai la Prep ». Un des hommes interrogés a déclaré qu’il prenait la Prep seulement quand il avait « plusieurs petites amies en même temps ». Un tiers des femmes interrogées a déclaré que leur besoin de Prep était lié à une grossesse pour les protéger et ainsi protéger leur futur bébé. Il faut savoir que dans cette partie de l’Afrique du Sud, les femmes n’ont pas le droit d’avoir des relations sexuelles jusqu’à dix semaines après la naissance de leur enfant ce qui justifie selon elles un arrêt de la Prep : « Nous n’aurons pas de rapports sexuels jusqu’à ce que mon bébé ait dix semaines ou plus donc pour l’instant je n’ai pas besoin de Prep ». Six participants-es ont arrêté la Prep en raison des difficultés d’accès aux rendez-vous de suivis : « J’aimerais bien que la clinique de mon quartier propose la Prep, ça m’éviterait le stress et la galère de faire de longs trajets pour récupérer mon traitement ». Certaines femmes se sont vues empêcher de prendre la Prep par leur conjoint : « Je lui ai montré le comprimé, mais je n’ai même pas pu ajouter quoi que ce soit, il m’a dit qu’il avait entendu parler de la Prep et qu’il était fortement opposé à ce traitement… Il m’a ordonné de jeter les comprimés ou de faire ma valise et partir ». Une autre femme qui souhaitait prendre la Prep dans le cadre d’un mariage polygame s’est vue également interdite d’utiliser cet outil de protection par son mari ainsi que ses autres femmes. Cette opposition farouche à l’accès à la Prep pour certaines femmes en raison de leurs conjoints n’est pas sans rappeler l’opposition morale et religieuse à l’usage de la pilule contraceptive. Deux traitements très différents, mais qui contribuent chacun à leur façon à l’émancipation des femmes ce qui semble toujours poser problème à certains hommes en 2020. Malgré ces problèmes d’accès à la Prep, la plupart des répondants-es (23 sur 27) ont déclaré qu’ils-elles préféraient cet outil de protection du VIH aux autres et qu’ils-elles reprendraient la Prep si on pouvait réduire les freins d’accès qu’ils-elles ont rencontré. De leur côté, les chercheurs-ses préconisent une promotion de la Prep auprès de la population générale en mettant l’accent sur les bénéfices de cet outil qui devrait être perçu comme un choix de protection efficace et qui participe à l’émancipation des personnes. Les auteurs-rices de cette étude recommandent par ailleurs un accompagnement personnalisé des usagers-es de la Prep afin de les aider à identifier les périodes où ils-elles sont les plus exposés-es à un risque de transmission du VIH et des consultations Prep en soirée pour celles et ceux qui travaillent la journée et qui n’ont aucune possibilité de quitter leur lieu de travail.
Références : Bärnighausen K et al. Qualitative accounts of PrEP discontinuation from the general population in Eswatini. Culture, Health & Sexuality, online ahead of print, 7 July 2020.