Quand les artistes s'engagent pour le VIH…

16 Janvier 2018
3 107 lectures
Notez l'article : 
0
 

Il y a les connu-e-s : Elton John, Liz Taylor, Charlotte Valandrey ou encore Carla Bruni-Sarkozy, etc. Il y a celles et ceux qui ne le sont pas comme Agnès H, Bibal P, Catam, Colline, Cri-Zé et Venus, et qui ont pour point commun de vivre avec le VIH et de réaliser des œuvres d’art en lien avec cette expérience. Ces artistes ont d’ailleurs été réunis, en début d'année, par la Galerie Kamil à Monaco pour présenter leurs œuvres. Il y a aussi les artistes, ouvertement séropositifs, qui travaillent ou ont travaillé sur la vie avec le VIH. On peut citer les chorégraphes Bill T. Jones ou Dominique Bagouet, les plasticiens Keith Haring ou Michel Journiac, les cinéastes Cyril Collard ou Derek Jarman, des écrivains comme Hervé Guibert ou Jean-Luc Lagarce, etc. Très nombreux sont les artistes qui se sont engagés dans la lutte contre le sida, parfois en créant des fondations (Elton John, Keith Haring) pour financer la prévention et la recherche, pour organiser des événements caritatifs, prêtés leur image à des campagnes ou, par leurs œuvres, contribuer à faire réfléchit sur le VIH. Dans les faits, l’engagement prend différentes formes… Mais qu’apporte la célébrité à la lutte contre le VIH ? Rend-elle l’engagement plus efficace ? La visibilité de célébrités concernées donne-t-elle l’exemple ? C’est autour de ces questions que l’on vous propose d’échanger pendant le chat thématique mardi 16 janvier, à partir de 21 heures, en compagnie de Diane-Seronet.

 

Commentaires

Portrait de Tom Sawyer

Portrait de Tom Sawyer

Le thème des artistes engagés dans la lutte contre le VIH a réuni une dizaine de participants au sein d'un débat et d'échanges enrichissants, passionnés, parfois tranchés, ce qui traduit et exprime l'intérêt que portent les seronautes à la place du VIH au sein de l'art dans sa globalité.

L'animatrice du chat, Diane, a introduit le débat par un tour d'horizon sur les artistes (engagés dans la lutte contre le VIH) qui nous ont marqués et sont restés dans nos mémoires.

Le débat s'est ensuite déroulé autour des axes suivants : l'apport des artistes engagés dans la lutte contre le VIH, comment les artistes devraient se mobiliser aujourd'hui et les leviers qui pourraient remettre le VIH au cœur de la mobilisation des artistes.

Jetons d'abord un œil sur les artistes et les personnalités cités au fil de la discussion. On constate que presque tous les genres artistiques sont représentés. C'est certainement dû à la sensibilité artistique de chacun. On y trouve des écrivains (Hervé Guibert, Cyril Collard), des acteurs-trices (Charlotte Valendray, Clémentine Célarié, Rock Hudson, Elizabeth Taylor), chanteurs-euses ( Line Renaud, Elton John, Mano Solo, Amy Whinehouse, Barbara, Carla Bruni, Freddy Mercury), un homme politique (Jean-Luc Roméro), dessinateurs, peintres, plasticiens (Keith Hallen Haring, Michel Journiac, Jean-Luc Lagarce, Agnès H, Bipal B, Catam, Colline, Cri-Zé et Venus, Robert Mapplethorpe), un chorégraphe (Bill T. Jones), ainsi que d'autres personnes ne faisant pas partie du milieu artistique mais qui ont marqué soit par leur engagement dans la lutte contre le sida ou par leur histoire personnelle avec le vih/sida (Michel Foucault, Pierre Bergé, Ryan Wayne White).

Cette liste n'est pas exhaustive et pourtant on a l'impression de ne pas s'y retrouver. Pour nous aider à y voir plus clair, on pourrait s'inspirer de la classification proposée par Rimbaud :

« Il y a deux types d'artistes : les séropositifs (hyper rares et courageux car ils risquent leur image) et les séronégatifs : certains sont sincères dans leur démarche, d'autres utilisent la séropositivité pour se faire de la pub (...) ils rendent visibles notre cause qui souffre justement d'invisibilité.

Je dirai aussi que y a de vrais et de faux artistes : ceux qui mettent leur art pour dire ce qu'est la séropositivité, comme Guibert par exemple. L'art qui ne sert juste à rendre visible les séropositifs et ceux chez qui l'art parle du Vih. ».

A chacun de faire son classement selon sa sensibilité artistique.

Une fois ces bases posées nous abordons les questions de fond du débat.

Par exemple, que peuvent apporter les célébrités à la lutte contre le vih ?

Le débat étant assez animé, je dirai que la réponse est collégiale.

En résumé, les célébrités apportent de la visibilité (les célébrités qui ont dévoilé leur séropositivité), des sous (festivals et concerts : Sol En Si, Solidays ; Sidaction), de la compassion (« Clémentine Célarié séronégative (je suppose) actrice avec son baiser a fait avancer les choses d'un coup », Rimbaud), une forme d'humanisation.

Pour Cbcb « dans les années 90, il y avait plus d'artistes qui dévoilaient leur séropositivité, mais pour la plupart, ils ne sont plus là. L'artiste engagé vraiment n'existe plus aujourd'hui». Remis dans le contexte de la question posée, Cbcb nous dit que l'apport des célébrités dans la lutte contre le VIH s'effrite de nos jours, a moins d'impact, les artistes engagés se faisant plus rares de nos jours.

Pourquoi ?

Rimbaud nous éclaire sur la question :

« Les artistes autrefois étaient face à la mort, dans l'urgence de dire, donc ils se mettaient en lumière parce qu'ils avaient conscience que la mort était proche. L'art sondait vraiment l'épidémie. De nos jours, depuis les arv, l'art est devenu une sorte de marchandisation. L'artiste a deux capacités : émouvoir et faire réfléchir. Ils peuvent faire avancer les consciences. Or, de nos jours : rien.»

Luso nous fait également partager sont point de vue sur la question. L'urgence donc la mobilisation des artistes est ailleurs. « Il faut dire qu'il y a aussi tellement de causes ou des causes annexes qui accaparent les mobilisations, je pense à Urgence Tchétchénie qui a été soutenue par pas mal d'artistes dernièrement ».

Après une petite parenthèse sur l'actualité cinématographique récente (film 120 battements par minute), où seules deux personnes l'ont vu, où les avis sont partagés (très bon film pour Seben, très bon film également pour Rimbaud mais n'apporte rien et est même néfaste à la cause des séropositifs de nos jours), nous poursuivons le débat sur la façon et avec quels moyens les artistes devraient se mobiliser de nos jours.

Le débat reste animé jusqu'au bout, les échangent fusent.

Rimbaud affirme que : « le Vih n'intéresse plus personne en France donc doivent-ils (les artistes) se mobiliser pour ça ? Pas sûr du tout. ».

Cbcb et Luso ont un autre avis, car « il y a une recrudescence du Vih notamment chez les jeunes » et « plus de 6000 découvertes de cas de séropositivité chaque année en France ». Autrement dit, la mobilisation des artistes reste plus que jamais d'actualité.

Pour Luso on a progressé sur le sujet, pour Cbcb on a régressé.

Tom Sawyer pense : « qu'il faut donner aux artistes l'envie et les moyens de commencer et de poursuivre leurs actions dans la lutte contre le sida. En aidant les artistes à vivre de leur art (acheter leurs œuvres, aller aux expositions, contribuer à les faire connaître) ». Chacun doit agir à son niveau individuellement.

Pour Luso il faut recentrer la mobilisation des artistes sur deux événements :  « Les 2 pôles qu'il faut creuser demeurent pour moi le sidaction et la journée mondiale contre le sida le 1er décembre. Mobiliser le plus d'artistes possible autour de ces 2 dates/ événements ».

Rimbaud ;  « C'est aux séropositifs à se réveiller, compter sur les autres ne sert à rien. ».

Cbcb :  « Si les personnes ne se sentent pas concernées, difficile de les mobiliser. c'est pas en se lamentant sur notre sort que l'on avancera ».

Laurent31300 pense qu'on ne peut pas compter sur les autres, que c'est aux séropositifs de se mobiliser : « On a su se faire contaminer tristement hélas maintenant à nous de faire de notre vie et santé une histoire à continuer en luttant tous les jours contre les inégalités ».

Pour Bob02 la raison de la démobilisation se trouve dans la banalisation du Vih : « mais plus personne ne fera rien c'est plus une lutte le vih les médecins le disent et les labos aussi on en meurt plus »

Pour Rimbaud les causes de la démobilisation des artistes vont bien au-delà du Vih : « Le vrai problème, c'est à mon sens la disparition de l'artiste véritable ! C'est pas un problème lié au VIH, c'est un problème lié à l'art en général devenu produit marchand ».

Pour conclure je vous propose de résumer la débat en quelques mots.

Les artistes ont et doivent avoir un rôle important à jouer dans la lutte contre le Vih.

Malheureusement leur mobilisation s'est effritée au fil des années, et pour cause  : les gens se sentent moins concernés par le Vih, l'urgence donc la mobilisation se fait dans d'autres pays, la banalisation du Vih.

C'est aux séropositifs de se prendre en main, de se mobiliser pour continuer la lutte contre le Vih/Sida.

C'est Cbcb qui a eu les mots de la fin en partageant avec les derniers participants cette expérience émouvante qu'elle a partagé avec Barbara :

« J'ai été la (Barbara) voir sur scène (il y a qq années !) ... à la fin du concert, il restait une dizaine de personnes dans la salle. Barbara nous a dit de nous rapprocher ... nous étions tous appuyés sur son piano ... et elle continuait de chanter pour nous ...super souvenir ! »