Quand vous dites indétectable, ça leur dit quoi ?

17 Novembre 2015
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Janvier 2008 : publication de l'avis suisse du Professeur Hirschel qui affirme qu'une personne séropositive ne transmet pas le VIH par voie sexuelle si trois critères sont réunis : une charge virale indétectable depuis six mois, une observance parfaite et l’absence d’IST. Un avis qui sera confirmé en 2011 par les résultats de l'étude HPTN 052 (un essai randomisé portant sur 1 700 couples) puis encore en 2014 par ceux de l'étude européenne Partner (un tiers de couples gays) et qui ajoute définitivement le Tasp (traitement comme prévention) à la palette préventive du VIH. Malgré cela le bénéfice du Tasp est resté trop longtemps confidentiel, se murmurant ici ou là, sans trouver sa voix officielle et surtout consensuelle au niveau des professionnels de santé ou du monde associatif. Du temps de perdu pour les personnes concernées pour mieux vivre avec le VIH sans la peur de contaminer et peut-être trouver une motivation supplémentaire pour adhérer quotidiennement au traitement. Depuis 2013, le rapport d'experts sur la prise en charge des personnes séropositives considère la procréation naturelle comme une alternative à la PMA pour les couples qui répondent aux critères de l'avis suisse. Comment avez-vous entendu parlé de l'avis suisse et depuis quand ? Dans la vie quotidienne, évoquez-vous facilement votre charge virale indétectable et ses conséquences positives ? Quelles sont les réactions de votre entourage, de vos partenaires, des professionnels de santé ? Venez en discuter pendant le chat thématique mardi 17 novembre à partir de 21h, en compagnie d'Ernesto.

Commentaires

Portrait de ernesto-seronet

Autour du thème sur l'indétectabilité, une dizaine de personnes a participé aux échanges. Avec une perception diverse du seuil d'indétectabilité, au gré des données lues sur les feuilles de résultats d'analyses : 50 ou 40, mais le plus souvent 20 copies de virus par millilitre de sang semblent être le seuil le plus communément affiché aujourd'hui. Quand parler de sa séropositivé reste encore pour certain-e-s encore largement tabou, évoquer la notion d'indétectabilité l'est encore plus. Et quand cela s'avère possible : tou-te-s constatent  le manque d'information dans leur entourage sur la notion de l'indétectabilité et de ses corollaires. Les representations de la séropositivité sont encore encombrées des images des années 80, la fatalité des pronostics d'alors, ou dans une moindre mesure un état forcément pathologique, et affaibli. Loin de l'avis suisse, émis par le Professeur Hirschel en 2008 (et la dépénalisation des rapports non protégés avec un partenaire séropositf indétectable à laquelle il avait ouvert la voie), même si dans les faits on constate des progrès majeurs dans les traitements, dans les soins, dans le mieux-être, on ne retrouve pas ces progrès "dans les têtes" des personnes non directement concernées par le VIH. Certains alors pour informer, rassurer, changer les perceptions, donnent des liens vers des sites d'information : les personnes sont alors surprises de l'évolution des approches et des avancées réalisées. Et 2 personnes temoignent de la possibilité qu'ils ont eu d'avoir des enfants dans le cadre d'un couple séro-différent. Pour une autre cela a été un soulagement d'avoir à nouveau des rapports non protégés. Mais tant pour certains séropos que pour la majorité de leur entourage, indétectabilité ne rime pas d'emblée avec risque 0 et absence de contamination ; le doute peut toujours subsister, et il est renforcé par le souci majeur et constant d'une exposition plus grande aux autres IST quand l'utilisation du préservatif diminue ou disparait. Quand la notion est évoquée avec des partenaires sexuels, les personnes se retrouvent en phase quand les partenaires sont séropos, pour les autres en revanche c'est une information qui a souvent toute chance de faire fuir le partenaire.  Et dans ce contexte, le médécin semble souvent muet, très en retrait, au mieux très prudent dans l'information qu'il pourrait apporter à la personne sur le bénéfice possible d'une charge virale indétectable. En guise de complément, j'emprunte, au passage, le titre d'un roman de Michel Tournier : Vendredi ou les Limbes du Pacifique, et vous livre les mots d'un-e participant-e : "Conservons notre humanité , notre bien le plus précieux".

Vous êtes comme toujours encouragé-e-s à poster vos commentaires à la suite de celui-ci, faire part de vos suggestions de thèmes que vous souhaiteriez aborder pour les chats des mois à venir (et ceux de décembre en particulier), ou d'évolution de la forme des chats thématiques.

La semaine prochaine, nous aurons recours aux contrepèteries ou au verlan pour approfondir la notion de TasP, et aux palindromes pour mettre l'indétectabilité à l'epreuve du radar (et réciproquement).