Querelle, de Kevin Lambert

21 Septembre 2019
318 lectures
Notez l'article : 
0
 

Dans une ville québécoise en crise, un bel ouvrier gay venu de la capitale réveille les passions. Voilà, résumé d’une phrase, le deuxième roman d’un écrivain canadien prometteur : Kevin Lambert (mais premier publié en France). Le titre emprunte évidemment au Querelle (de Brest) de Jean Genet (1947) comme à celui de sa transposition au cinéma (Querelle de Fassbinder). « Le Querelle québécois est un bel ouvrier sexy et envoûtant pour qui tous les jeunes gens de la ville sont prêts à se damner, et le décor, celui d’une longue grève à la Scierie du Lac, qui va se terminer épouvantablement » raconte Télérama (20 août). « Toute la force de Kevin Lambert est là : faire de Querelle cet être transgressif tant dans sa lutte sociale, qui attaque l’ordre économique, que dans sa sexualité, qui bouscule l’ordre « hétéro­normé ». Celle-ci devient alors une arme politique (…) Dans certains épisodes de violence et de sexe, l’auteur n’y va pas toujours « avec le dos de la main morte », comme on dit au Québec, mais le récit est magistral, construit comme une tragédie grecque riche de sommets de lyrisme et de poésie. Avec ce Querelle, Kevin Lambert signe le puissant roman (noir) de notre époque », conclut l’hebdo culturel. Même excellent accueil au Monde où pas moins de trois articles, dont une interview, ont été consacrés au livre et à son auteur. « Plutôt qu’un roman à thèse, le jeune auteur de Querelle propose donc une méditation métaphysique. Sa plume n’est pas celle d’un pornographe cynique, mais celle d’un moraliste qui veut poser la question du mal, et la poser frontalement, en traquant ses indices à même la langue, dans des ­nappes de mots aussi contemporaines, et aussi diverses, que les déclarations syndicales, les applications de drague, les commentaires Facebook, les forums de jeux vidéo, les fureurs conspirationnistes», explique Jean Birnbaum, le patron du Monde des livres. Dans le portait Jean Birnbaum fait de lui, Kevin Lambert explique : « Ce qui fait le potentiel subversif de l’homosexualité, c’est de questionner l’hétérosexualité, donc le patriarcat et le capitalisme, comme systèmes normatifs. Voilà pourquoi cela m’écœure qu’on veuille faire de l’homosexualité quelque chose de normal, c’est-à-dire une hétérosexualité… » Querelle, par Kevin Lambert, Éditions Le Nouvel Attila, 278 p. 18 euros.