Santé et déterminants sociaux

6 Mai 2022
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Révolution dans les esprits. Les déterminants sociaux jouent un rôle majeur sur l’état de santé de la population. C’est ce qu’ont rappelé (mi-mars) dans une tribune au Monde, une trentaine de chercheurs-ses, de praticiens-nes de santé publique et d’élus-es, qui demandent que soit « obligatoire ou au minimum exigible » l’évaluation de l’impact sur la santé des lois et projets en matière d’éducation, de logement ou de transports. Dans leur tribune, les signataires avancent d’abord l’idée que la « santé publique telle qu’elle est mise en œuvre est désormais inadéquate et obsolète ». « Elle ne répond plus à son objectif de base : la santé pour tous, quels que soient son âge, sa condition sociale, son genre, son niveau d’éducation, son origine… Les stratégies actuelles de santé publique ne sont que des sparadraps incapables d’endiguer la dégradation de la santé et l’accroissement des inégalités ». Dans leur texte, les signataires expliquent que « la santé et le développement des enfants sont dépendants de la précarité économique des parents, du type d’éducation, du réseau social les entourant, du logement, du quartier d’habitation, de l’accès aux espaces verts. Ils-elles expliquent aussi que les « actions les plus efficaces pour minimiser les risques psychosociaux en entreprise portent sur l’organisation du travail, la valorisation des tâches et le type de management ». Et d’expliquer que les inégalités de santé se construisent très tôt dans notre propre système éducatif ou encore que les configurations urbaines agissent sur la santé dans ses dimensions sociales, mentales et physiques ». Ils et elles affirment que ces « déterminants sociaux jouent un rôle majeur sur l’état de santé de la population et sont à l’origine des inégalités sociales et territoriales de santé ». Le problème, soulignent-ils-elles, est que la politique de santé publique française se contente de « soigner », y compris de manière préventive. « Les plans de santé publique par pathologie, les stratégies de prévention principalement informatives, ou encore la centralisation des compétences en santé génèrent une orientation comportementaliste des politiques de santé publique, sans modifier celles qui impactent la santé dès l’enfance : éducation, logement, transports, emploi, ressources, etc. » D’où l’importance de corriger cela. Les signataires de la tribune appellent à « révolutionner la santé publique en la rendant intersectorielle, interdisciplinaire et interministérielle ». Concrètement, il s’agirait de « placer la santé au centre de toute décision politique en faisant du ministre de la santé publique, et de ses représentants-es sur le territoire, des décisionnaires prioritaires capables d’infléchir avec fermeté les décisions et mesures portées par les autres ministères. L’objectif serait le bénéfice de la santé et du bien-être de la population. Enfin, les signataires demandent que soit obligatoire, ou au minimum exigible et rendue publique, la réalisation d’une évaluation d’impact sur la santé, c’est-à-dire d’une analyse a priori des impacts négatifs sur la santé des politiques non sanitaires, pour tous les projets structurants majeurs, mesures ou lois issus du secteur non sanitaire, que ce soit à l’échelle nationale ou locale, et de donner aux acteurs-rices et décideurs-ses les moyens de les réaliser.