Suisse : un malade endetté meurt

5 Mai 2018
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Un homme endetté et séropositif est décédé à Coire, en Suisse. Son assurance l’avait placé sur liste noire. Elle ne prenait ainsi plus en charge les soins dont il avait besoin. La cause de cette inscription sur liste noire ? Endetté, l’homme peinait à boucler ses fins de mois et n’avait pas payé ses primes maladie. Cette incroyable et triste histoire, c’est le journal suisse "SonntagsZeitung" qui l’a racontée, fin avril. Depuis 2012, les cantons ont la possibilité d’autoriser de telles listes de "mauvais payeurs". Neuf cantons ont adopté le système : les Grisons, l’Argovie, Lucerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Soleure, Thurgovie, le Tessin et Zoug, rappelle le site d’infos "Le Matin.CH". Dans ce cas, seuls sont pris en charge les traitements d’urgence, ce sont les assureurs, eux-mêmes, qui définissent ce qu’est une urgence. C’est donc discrétionnaire et très variable. Résultat, les pratiques varient selon les cantons. Dans le cas dénoncé par le "SonntagsZeitung", l’homme avait été diagnostiqué séropositif en 2016. Il avait tenté d’obtenir des soins (environ 1675 euros mensuels). La caisse d’assurance santé (l’assurance ÖKK) avait indiqué qu’elle refuserait toute prise en charge tant que la personne concernée n’aurait pas payé ses primes. Des médecins avaient mis en garde des possibles "conséquences fatales" d’un non-traitement, mais la caisse d’assurance n’en avait pas tenu compte, estimant que la loi était pour elle. En 2017, l’état de santé de la personne se dégrade. "Le sida est déclaré, il est couplé avec d’autres pathologies", rappelle l’article du "Matin.ch". La caisse ne change pas pour autant d’avis. Pour elle, il n’y a toujours pas urgence. L’homme a fini à l’hôpital de Coire où il est décédé, fin 2017. Cette dramatique affaire a suscité de très vives réactions. Dans un communiqué (30 avril 2018), le Groupe sida Genève se dit "choqué par cette tragédie parfaitement évitable et tient à exprimer toute sa sympathie à la famille et aux proches". "Il est parfaitement inadmissible qu'en 2018 en Suisse, une personne malade ou nécessitant un traitement pour une condition chronique grave puisse encore se voir refuser un traitement pourtant disponible et remboursé par l'assurance maladie. Il est encore plus scandaleux qu'on doive en arriver à ce qu'elle en meure", dénonce le Groupe sida Genève (GsG). "Le droit à la santé et le droit d'accéder aux soins vitaux qui en découle sont des droits humains fondamentaux que la Suisse se doit de garantir. Ce décès est une conséquence directe de la volonté du législateur fédéral de refuser les soins aux soit-disants mauvais payeurs. Cette volonté a été concrétisée dans l'article 64a, al. 7 de la LAMal [assurance maladie suisse, ndlr] et est plus communément connu sous le nom de "listes noires". Ces listes permettent aux médecins, hôpitaux, pharmacies et caisses maladies de refuser les soins à un assuré dont le nom se trouve sur la liste [plus de 33 000 personnes y seraient inscrites, ndlr]", explique le GsG. L’inscription sur ces listes entraîne le refus de prise en charge à l'exception des soins d'urgence. "La définition de ce qu'est un soin d'urgence est laissé à l'appréciation des assureurs", souligne le GsG. "De nombreux traitements en Suisse sont hors de portée des ressources financières de la plupart des assurés. Le traitement antirétroviral coûte en moyenne CHF 1'600 [1 340 euros en moyenne, ndlr] par mois aujourd'hui". Le Groupe sida Genève rappelle "que la prise régulière d'un antirétroviral est une condition absolument nécessaire à la survie des personnes séropositives. Toute rupture de traitement peut provoquer un renforcement du virus dans l'organisme, une baisse des défenses immunitaires, et l'apparition de maladies opportunistes liées au sida. Par ailleurs, l'interruption du traitement entraîne la perte de l'indétectabilité du virus qui peut donc de nouveau être transmis. Par ailleurs, toute interruption de traitement peut également causer une multiplication des résistances du virus aux antirétroviraux (…) Nous sommes consternés et appelons Monsieur le Conseiller fédéral Alain Berset ainsi que les législateurs fédéraux à mettre fin à cette pratique indécente et honteuse et enfin permettre aux personnes souffrantes de maladies ou de conditions chroniques graves d'accéder à leur traitement quelle que soit leur situation économique".