Tabac et alcool : questions d’argent

16 Août 2023
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Addition. L’idée que les produits légaux, tabac et alcool, rapporteraient à l’État des bénéfices via les taxes est « infondée ». Leur coût pour les finances publiques reste très supérieur aux recettes fiscales, selon une étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Dans une note publiée en ligne toute fin juillet, l’OFDT évalue le « coût social » des drogues licites, mais aussi illicites qui ont fait respectivement, en 2019, 73 189 morts pour le tabac, 41 080 pour l’alcool et 1 230 pour les produits illégaux (drogues, etc.). Cette année-là, ce « coût social » s’élevait à 156 milliards d’euros pour le tabac, 102 milliards pour l’alcool et 7,7 milliards d’euros pour les drogues illicites, selon Pierre Kopp, auteur de la note et professeur d’économie à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, explique l’AFP. Ce coût tient compte de la valeur économique des vies humaines perdues, de la perte de qualité de vie des malades atteints-es de cancers liés à ces produits et des pertes de production pour les entreprises. Il tient aussi compte du coût pour les finances publiques : dépenses de prévention, de répression (lorsqu’il s’agit de produits interdits) et de soins. Quant aux économies sur les retraites non versées aux personnes décédées prématurément et aux recettes des taxes prélevées sur l’alcool et le tabac, elles viennent en déduction de ce coût social. Pour l’État, « les recettes de taxation de l’alcool et du tabac, respectivement de 4 milliards d’euros et 13 milliards d’euros » sont inférieures au coût des traitements des maladies dues à ces deux drogues, 7,8 et 16,5 milliards d’euros, précise l’OFDT. En tenant compte aussi des économies de retraite, « le déficit public engendré par l’alcool et le tabac est respectivement de 3,3 milliards et de 1,7 milliard, et de 2 milliards d’euros pour les drogues illicites », calcule Pierre Kopp. « L’idée que les drogues comme le tabac et l’alcool apporteraient des bénéfices à l’État est donc totalement infondée », a-t-il souligné auprès de l’AFP. « Les drogues appauvrissent la collectivité », insiste l’économiste. « Chaque année, près de 75 000 Français-es meurent prématurément à cause du tabagisme », rappelle dans un communiqué le Comité national contre le tabagisme (CNCT). « Il est temps que cette donnée cesse de résonner aux yeux des décideurs politiques comme une abstraction statistique, et que les pouvoirs publics prennent la mesure de l’ampleur des dégâts humains, économiques, financiers et environnementaux occasionnés par le tabac : des solutions existent », affirme Pierre Kopp. « La lutte contre le tabac est une mesure de bon sens économique et fiscal : les études montrent qu’une diminution de la consommation de tabac permet de libérer du pouvoir d’achat auprès des anciens fumeurs, redirigés vers une consommation de biens et de services créateurs d’activité, et donc de rentrées fiscales », poursuit l’économiste. En France, « un rapport de l’OCDE évaluait un rendement de quatre euros pour chaque euro investi dans la lutte antitabac », dit le CNCT, s’indignant qu’« aucune politique fiscale sur les produits du tabac n’est, à ce jour, envisagée par les pouvoirs publics en France ». Autre enseignement de l’étude : constatant la baisse du nombre de décès causés par l’alcool, le tabac et les drogues illicites entre 2010 et 2019, respectivement de – 16 %, - 7 % et – 23 %, l’OFDT estime que les politiques publiques ont permis de « réduire nettement la consommation de tabac, d’améliorer la prise en charge des usagers de drogues illicites et de renforcer, plus modestement, la prise en compte des dangers de l’alcool ».